« Un bruit sourd…puissant »

Cela fait bien longtemps que je n’ai rien écris sur le blog, cela ne signifie en rien qu’une fois le magnifique Quilotoa quitté, notre voyage est devenu sans saveurs, sans surprises, sans émerveillements. Je ne sais pas vraiment pourquoi l’envie de vous compter notre aventure, de vous emmener en voyage avec nous s’est tarie, mais il en est ainsi jusqu’à aujourd’hui. Mon humble expérience du jeu des mots me pousse à penser qu’il faut une certaine discipline ainsi qu’une routine quotidienne pour y prendre du plaisir et le partager. Parfois celles-ci sont mises à rude épreuve par la fatigue, par la météo ou encore par la procrastination, il est tellement facile de ne rien faire, les politiques en sont la preuve en cette période troublée. Mais cela n’est pas entièrement de leur faute, n’oublions pas que les soignants, les petites mains du commerce, tout ceux qui nous permettent un confinement confortable, se sont attribués le monopole du travail, les salauds !!! Je referme ainsi cette petite parenthèse, je n’aurai de toute façon jamais assez de mots pour retranscrire mon admiration pour ces belles personnes aussi altruistes que dévouées, vive le gouvernement !!!

Retour fin mai, nous quittons donc le Quilotoa avec l’objectif de nous rendre à environ 70 kilomètres de là, à Pujili. La météo n’est pas des plus favorable, le vent nous obligeant même à revêtir notre tenue de pluie afin de nous préserver du froid car, même si nous allons perdre 1200 mètres d’altitude aujourd’hui, nous dormirons encore ce soir, à près de 2900 mètres. Mais avant cela, nous avons dû avaler presque 1500 mètres de dénivelé positif, sur une route calme et de qualité, une formalité en quelque sorte. Après une bonne pizza et une douche chaude, pas en même temps rassurez-vous, nous nous réfugions dans les bras de Morphée, un chouette hôtel à moins de 20 euros la nuit nous ayant ouvert les siens. Il nous faudra encore deux jours pour atteindre Banos, ville fort prisée des touristes, mais aussi des autochtones, pour ses thermes, entre autres choses. Une fois nos montures déposées, nous partons découvrir la cité en ayant pris soin de ne pas oublier notre apriori positif : les rues sont colorées, les attrapes-touristes légions et l’ambiance décontractée nous sied à merveille. Nous rentrons sans trop tarder à l’hôtel car demain une petite randonnée nous attend. Alors que nous prenons le chemin de la « casa del Arbol », un véhicule de grande taille, appelé par les plus fins connaisseurs camping-car, attise ma curiosité à cause d’un détail qui n’en est pas un : son immatriculation BoucheduRhônesque. Sans hésité, au péril de ma vie (j’en fais peut être trop ?) je frappe virilement à la porte. C’est alors qu’une femme décidée à en découdre ouvre sans hésiter le morceau de polyester qui nous séparait pour nous accueillir avec un grand sourire, quel toupet !! Cette personne que nous ne nommerons pas mais qui se prénomme Laure appelle rapidement en renfort son homme, Sébastien. Nous découvrons alors qu’avec leurs trois enfants, ils voyagent depuis dix mois au départ de l’Argentine et qu’ils iront, sauf pandémie, jusqu’en Colombie. Afin de nous soutirer un maximum d’informations utiles pour la suite de leur parcours, ils vont jusqu’à nous offrir un café, décidément, ils ne reculent devant rien ! Mais nous ne perdons pas pour autant de vue notre objectif, randonner, et usons pour nous sortir de ce guet-apen d’un machiavélique stratagème : proposer à cette sympathique famille de nous retrouver pour le repas du soir afin de gagner le temps nécessaire pour nous rendre à la « Casa del Arbol ». Inutile de vous dire qu’ils tombent sans hésiter dans notre piège, la balle est donc désormais dans notre camp.

Nous voilà désormais partis pour une marche de 8 kilomètres, une broutille, proposant 800 mètres de dénivelé positif, là ça pique un peu. Le panorama offert appelle à un rythme tranquille, les papillons nous accompagnent et profitent avec nous de la belle symphonie offerte par les nombreux oiseaux virevoltant avec grâce dans le ciel azur. Après trois heures de marche quasiment solitaire, car nous sommes deux, mais en ayant tout de même croisé quelques dinosaures, nous voilà temporairement au bout de l’effort. Nous pouvons maintenant profiter du point de vue unique sur la région en se montant sur les balançoires…à flan de précipice qui ont fait le réputation de la Casa del Arbol !! C’est spectaculaire, au point qu’un photographe s’est vu décerné les honneurs du magazine National Géographic en 2014, Sean Hacker Teper a pour cela été bien aidé par le volcan Tungurahua, alors en éruption. Je me balance doucement, accompagné d’un ami de longue date, le vertige, que j’essaie ici timidement d’apprivoiser en me concentrant sur la beauté du paysage, sur cette vue ouverte sur des kilomètres rappelant notre minuscule dimension. Il est maintenant temps de redescendre, pour cela nous allons prendre le chemin le plus court, cette fois les 800 mètres de dénivelé sont négatifs et ne demandent que 4 kilomètres, la pente est donc très proche de celle d’un toboggan !! Le terrain est parfois gras, nous avançons donc avec prudence, au besoin je descends sur les fesses, cela prend moins de temps de nettoyer un pantalon que de réparer un os cassé. Nous ne croisons, une fois de plus, aucun humain et alors que nous profitons pleinement des bruits de la forêt, du chant des oiseaux, un bruit sourd, aussi puissant que bref vient déchirer l’atmosphère : juste après un randonneur en pleine ascension pointe le bout de son nez. Nous nous retenons aussi longtemps que possible mais ne tardons pas à éclater de rire aussi fort que l’incroyable pet entendu quelques secondes plus tôt !! Ah les charmes de la randonnée…

Le lendemain, nous prenons un transport collectif pour nous rendre au « Pailon del Diablo ». Le chauffeur nous fera payer le tarif touriste, c’est à dire deux fois plus élevé qu’à la normale, mais cela nous ne l’apprendrons qu’au retour quand cette fois nous nous acquitterons d’un ticket au même prix que les locaux. Mais qu’importe, nous sommes ravis d’avoir fait le chemin jusque là afin de voir ce chef d’oeuvre de Mère Nature, le « Pailon del Diablo », une chute d’eau de 80 mètres de haut déversant ses millions de litres d’eau cristalline dans un vacarme assourdissant. Héloïse se faufilera dans un boyau haut de 80 centimètres pour aller au coeur de la bête et profiter ainsi d’une légère douche rafraîchissante. Le lendemain, ce sont cette fois des trombes d’eau qui viennent du ciel, nous choisissons alors de prolonger notre séjour à Banos d’une nuit, c’est chouette d’avoir le temps. Nous en profitons pour partir à la découverte d’une institution touristique de la ville : un restaurant suisse. Le cadre est sympa, la carte aussi, les prix sont plus proches de l’Europe que de l’Equateur, mais le camenbert rôti est le plus fort ! L’attente fut grande, la déception aussi !! En effet, pour un peu plus de dix euros, on m’apporte un quart de fromage avec quelques crudités…et cerise sur le gâteau (au fromage blanc) le diamètre dudit camenbert est inversement proportionnel à la qualité du produit. On ne nous reprendra plus à flirter avec ce genre d’établissement avant un bon moment. Nous prenons le lendemain, comme prévu, un collectivo n’ayant pas envie de se farcir les vingt kilomètres d’ascension sans intérêt que nous avons découvert à l’aller. Notre conductrice nous explique alors que la piste que nous avions envisagé d’emprunter avec nos montures n’est pas du tout sécurisée et nous aurait exposé à un péril bien plus grave que le dénivelé attendu, nous avons bien fait de suivre notre intuition. Nous voilà arrivés à Totoras, qui devait être le point culminant du parcours du jour selon notre navigateur, nous constaterons vite qu’il n’en est rien, et avalons près de 600 mètres de dénivelé positif sur seulement 17 kilomètres. Cette distance fut très pénible à cause d’une météo grise et légèrement pluvieuse mais aussi de l’accueil glacial du gérant d’un petit hôtel nous obligeant à parcourir 8 kilomètres de plus. Encore une fois, Héloïse, souffrante depuis 3 jours et en manque d »appétit, ce qui ne lui ressemble pas, avalera péniblement la distance sans broncher ce qui nous permettra d’arriver vers 17 heures dans l’hôtel de la dernière chance. Nous ne savions même pas si ce dernier était ouvert mais nous avions repris la route sans hésiter, certain de notre bonne étoile et la suite nous donnera raison : l’accueil fut super, la chambre très sympa et le budget contenu, que demander de plus ?? L’heure du repos est enfin arrivée !!

Aujourd’hui, il n’y a plus que 45 kilomètres pour atteindre Riobamba, ville étape pour randonner sur le géant Chimborazo. La route n’aura qu’un seul attrait, une magnifique vue sur le volcan, et ses neiges éternelles, qui nous fait l’honneur de ne pas avoir la tête dans les nuages. Avant cela, nous parcourons une route monotone avec son lot de camions et de bus polluants, rien d’étonnant car nous sommes de retour sur la Panamérica. La particularité du Chimborazo est que la forme ovoïde de notre planète en fait le point le plus proche du soleil, inutile de vous dire que cela fait la fierté de la région. Nous constatons une fois de plus que le ministère du tourisme n’hésite pas à user de superlatifs pour que cela se sache, une fois n’est pas coutume… Pour être clair, on ne va pas à Riobamba pour Riobamba, la ville n’offre que peu d’intérêt et attire seulement pour sa proximité géographique avec le volcan. Nous choisissons un chouette hôtel pour deux nuits afin d’aller dès le lendemain côtoyer le géant de près, nous ne prenons même pas le temps d’aller plus loin dans la découverte de la cité, notre balade à vélo nous ayant donné un aperçu suffisant. Réveil à 6 h 30 afin de profiter au mieux de notre rencontre volcanesque, enfin cela était sans compter sur une météo des plus maussade, tuant dans l’oeuf notre motivation pourtant aussi élevée que les 6 262 mètres du géant. Nous avions connaissance des caprices météorologiques de la région et espérions passer au travers, c’est loupé. L’Equateur est jusqu’à aujourd’hui le pays où la météo est la plus imprévisible, surtout au-delà des 3000 mètres où le froid et la bruine sont souvent de la partie, ceci n’enlève rien à notre bonheur d’y pédaler, ayant bien conscience de notre chance, un peu comme si chaque jour nous gagnions au loto sans même y avoir jouer.

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