La Terre danse en Equateur

C’est avec plaisir que nous remontons sur nos vélos après ces belles journées passées à Mindo en compagnie d’Alice et Julien. La courte étape du jour, une quarantaine de kilomètres, ne sera pourtant pas très agréable, la faute à un flux conséquent de véhicules quittant Quito en faisant preuve d’une générosité sans limite pour ce qui est des émissions noirâtres et malodorantes de leurs échappements, nous obligeant à acheter, dans un magasin de peinture, des masques de protection de toute beauté. Mais ce calvaire se terminera très bien car aucun chauffeur, à la conduite aussi sportive que suicidaire, ne viendra nous empêcher d’atteindre notre camp de base pour le Cotopaxi, un très agréable hôtel à l’écart des tumultes bruyants du centre ville de Machaci.

Le Cotopaxi est, ni plus ni moins, que le plus haut volcan actif du pays culminant à 5 897 mètres d’altitude. Il représente un cône parfait dont le cratère principal, mesurant environ 550 à 800 mètres de diamètre, se montre très joueur avec les nuages rendant difficile son observation entière et pleine. Pachamama nous donnera t-elle cette chance ? Avant de le savoir, nous nous mettons en chasse, dès le lendemain, matin d’un moyen de transport, idéalement collectif, pour l’entrée nord du parc car celle-ci semble être la moins pratiquée, nous comprendrons vite pourquoi une fois sur place. Notre quête d’un bus restera malheureusement vaine, certainement à cause de la chaussée fortement dégradée que nous emprunterons avec le taxi, partagé avec une vieille dame souriante, sur cette route digne, dans un premier temps, de Paris-Roubaix pour évoluer ensuite sans rougir sur les traces du Paris-Dakar, course motorisée se déroulant en Amérique du sud jusqu’à l’année dernière, où de généreux participants viennent offrir du rêve, et du CO2, à une population locale ébahie par leur sens du sacrifice, l’épreuve ayant fait 62 morts depuis sa création. Le malaise s’installe au fur et à mesure des kilomètres, nous sommes gênés d’imposer un tel itinéraire à notre sympathique chauffeur qui semblait ne pas s’attendre à une telle difficulté. Nous mettrons plus d’une heure pour atteindre l’entrée du parc, soit 20 kilomètres, avec la quasi certitude que notre course ne lui sera pas très rentable. Après avoir vu notre chauffeur dépité s’éloigner, nous nous dirigeons vers les gardiens du parc afin d’inscrire nos noms sur le registre et d’entendre leurs recommandations avant d’entamer la randonnée devant nous conduire à la lagune. Et là, ce fut le drame…

Le gardien nous indique alors que pour entrer dans le parc il est obligatoire d’être véhiculé, c’est à dire soit en voiture, soit en vélo, ou peut-être même en char d’assaut, mais certainement pas à pieds. Nous ne comprenons pas pourquoi, d’autant plus que nous voyons au loin un randonneur s’éloignant de son hôtel situé à quelques centaines de mètres de là. Nous voilà donc loin de notre point de départ, en pleine nature mais pourtant dans une impasse, car l’entrée nord ne semble être dédiée qu’à un usage professionnel, ce qui réduit à zéro nos chances de trouver un autre taxi ou un bus pour pénétrer dans le parc, séance déception, d’autant plus grande qu’alors la vue sur le Cotopaxi est magnifique.

Heureusement, la chance va nous sourire quand un véhicule chargé de bouteilles d’eau va pointer le bout de son capot. Le gardien ne laissera pas au chauffeur le choix, il doit accepter notre sympathique compagnie au moins jusqu’à la lagune, tout en nous précisant que là-bas, il sera facile de trouver un autre véhicule pour continuer notre chemin. Notre gratitude envers cet illustre inconnu atteint sans difficulté les sommets enneigés du Cotopaxi ! Nous comprendrons par la suite que la randonnée est interdite dans le parc à cause des risques d’éruption ne laissant aucune chance à des piétons de ne pas finir écraser par les projections de rochers, au cas où ils aient échappé par miracle à la coulée de lave qui les accompagne. Notre terre mère restera calme le jour de notre visite et c’est bien mieux comme ça, car après avoir fait le tour de la lagune, ce qui nous a permis d’observer bon nombre d’oiseaux mais aussi des chevaux, et des lapinous, sauvages, nous avons entamer la marche d’environ vingt kilomètres devant nous conduire à l’entrée sud tout en découvrant le parc dans son ensemble, seuls, into the wild. Je ne vous cacherai pas que la balade ne sera pas des plus grandioses, elle se révélera même assez vite monotone une fois la vue sur le géant volcan occultée par les monts voisins, ce qui, après plus de la moitié du chemin parcouru, nous poussera à « faire du pouce » comme disent nos cousins canadiens, sans succès jusqu’à l’arrivée d’Alfonso, qui acceptera avec un plaisir teinté de curiosité, de nous emmener jusqu’en ville, nous épargnant alors au moins trois bonnes heures de marche sans intérêt.

Après un bon repas à l’hôtel et une bonne nuit de sommeil, nous reprenons la route en direction d’un autre géant, le Quilotoa, avec une idée derrière la tête : aller saluer Alice et Julien, les champenois les plus adorables que nous connaissons, qui logent à une petite trentaine de kilomètres de là. Nous avalons la longue montée aussi goulûment que notre superbe petit déjeuner puis profitons des 7 kilomètres de descente qui suivent avant d’arriver à leur hôtel. Celui-ci, en plus d’être situé dans un cadre calme et sauvage, est très chaleureux, certainement grâce au bois choisi pour sa construction mais aussi à sa belle cheminée, très appréciable en fin de journée pour déguster une bonne bière artisanale ou encore un verre, et plus si affinité, de vin chilien. Nous en ferons la belle expérience en choisissant d’y passer une nuit, séduit également par l’accueil charmant de nos hôtes ainsi que la possibilité de bénéficier d’un repas végétarien à partager avec Alice, qui souffre malheureusement du mal aigu des montagnes, suite à une randonnée VTT sur le Cotopaxi, et Julien, en pleine forme. Le lendemain matin, le ciel est à la pluie, certainement triste de les voir nous quitter en direction de la côte, en emportant beaucoup de notre motivation à rouler sous ce déluge. Alors que nous évoquons l’idée de passer une nuit de plus dans ce temple de la tranquillité et du bien-être, Pachamama nous ramène sur le droit chemin du voyageur à vélo en soufflant les gris nuages afin de mettre en lumière, sous un ciel azur parfait, le sommet enneigé du Cotopaxi et de deux de ses lieutenants, un spectacle intense que nous aurons autant de mal à quitter que l’émotion ressentie est forte, générant en moi l’envie de la partager avec toutes les personnes qui me sont chères, et particulièrement avec mon Ami Anthony dont c’est le jour anniversaire. Mère Nature lui a fait un magnifique cadeau !

Nous reprenons donc la route en direction de Sigchos tardivement mais émerveillés par tant de beauté pour une étape au final difficile. C’est avec 50 bornes dans les jambes que nous attaquons l’ultime montée : tout d’abord 5 kilomètres de piste à cause de travaux de voirie, pour finir par un dénivelé plus qu’impressionnant sur les 3 derniers heureusement asphaltés. La difficulté de cette fin d’étape nous fera arriver de nuit, notre première impression ne sera pas des meilleures, la ville étant quasi déserte et le peu de visages que nous croisons assez fermés. Une fois les vélos remisés à l’hôtel, nous partons en quête d’un endroit où manger : nous nous voyons refuser le service dans les deux premiers qui semblent pourtant ouverts avant d’éviter les troisième où les deux seuls clients sont avinés. Par défaut, nous nous contenterons d’une assiette de frites avec un œuf sur le plat dans un petit restaurant sans prétention avant de repasser devant le premier nous ayant refusé où le service bat son plein : les gens d’ici auraient-ils un soucis avec les « gringos », une première depuis notre départ… Cela ne changera en rien notre bonne impression sur les équatoriens majoritairement gentils et bienveillants depuis notre arrivée dans ce beau pays.

Le lendemain matin, nous quittons donc Sigchos sans regrets pour nous diriger vers le Quilotoa, en sachant qu’il est peu probable que nous l’atteignons dans la journée malgré un courte distance. En effet, les 43 kilomètres qui nous séparent de ce nouveau géant au tempérament volcanique ne sont que fort dénivelé, aussi conséquent que la pollution dans le ciel de Rouen (mais rassurez-vous le risque est aussi faible qu’avec les nuages venant de tchernobyl) et offrent en plus un revêtement d’une qualité aussi élevé que la morale de nos femmes et hommes politiques. Durant la première partie du parcours, nous avons le droit à un florilège de tout ce que déteste un cyclo-voyageur un peu en surcharge (je ne parle pas là de mon tour de taille), soit de la piste poussiéreuse et caillouteuse, puis de l’ornière, de la boue et enfin du sable, nous permettant la magnifique moyenne de 6,45 km/h sur les 25 premiers kilomètres. J’ai indiqué dans mon carnet de voyage que le pétage de plomb n’est pas passé bien loin lors de cette étape, car en plus de dépenser une énergie folle pour faire avancer nos montures, nous avons dû le faire sans bénéficier d’une belle vue sur la vallée, la faute au brouillard qui nous a accompagné dès notre arrivée en forêt.

Nous passerons la nuit à Chugchillan, dans une auberge où la quasi totalité des clients sont des randonneurs faisant le trek du Quilotoa. Nous allons vivre durant la nuit une expérience assez surprenante : notre lit va se mettre à bouger, non pas à cause d’une activité sportive nocturne mais suite à une petite crise d’angoisse de notre terre mère, certainement soucieuse du fait que l’Homme ne se comporte plus comme une petite partie intégrante d’elle-même mais telle une cellule folle voulant dominer le corps tout entier, sans comprendre que cela n’arrivera jamais. Ce tremblement de terre est né en mer, à 500 kilomètres au sud de la capitale du Pérou, Lima, et malgré une magnitude de 7,3, n’a fait que peu de dégâts mais a tué tout de même une personne, ensevelie par les murs de sa maison en terre séchée. Nous avons donc ressenti la puissance de la Pachamama alors que nous êtions à plus de 1700 kilomètres de là à vol de jet privé, nous rappelant au passage sa force et sa puissance illimitées.

Nous reprenons la route dès le lendemain pour une étape aussi courte que son dénivelé sera impressionnant : nous allons effectivement affronté sur ce parcours de 18 kilomètres, des passages de 2 puis 4 kilomètres à la pente si prononcée qu’elle nous oblige à zigzaguer sur la totalité de la largeur de la route pour en venir à bout. Cela nous prendra plus d’une heure pour la dernière section, la difficulté étant accentuée par un vent froid et puissant venu du Quilotoa. La sensation de bonheur sera d’autant plus grande une fois ces difficultés vaincues que le spectacle offert par ce géant endormi est à couper le souffle. La lagune située en son centre propose des nuances de couleurs aussi délicates qu’éphémères, évoluant au gré du soleil jouant avec les nuages. Le lendemain de notre arrivée sur le site, nous partirons pour la randonnée permettant de faire le tour complet du volcan, soit 12 kilomètres parfois techniques mais toujours impressionnants de beauté. Lors de notre sortie de l’hôtel nous ne serons pas accueillis par une horde de vendeurs en costume traditionnel, comme cela peut être systématiquement le cas dans les endroits touristiques, mais par une bande bien plus sympathique, n’attendant rien d’autre qu’un peu d’attention et surtout beaucoup de caresses. En effet, des dizaines de toutous affectueux monopolisent la rue, pour notre plus grand plaisir, et quatre d’entre eux vont même nous accompagner un bon moment sur le premier tiers de la randonnée, jusqu’au moment ou Héloïse va la poursuivre seule. Au loin, un passage semblant vertigineux pointe le bout de son sentier ce qui n’est pas pour me rassurer, je préfère alors faire demi tour en compagnie du dernier chien encore présent. Une fois arrivé au point de départ, je décide de continuer à contre sens, comme le gouvernement et la question écologique, afin d’aller à la rencontre d’Héloïse. Il n’en sera rien, en dépit d’une attente en musique sur le flanc du spectaculaire et impressionnant Quilotoa, pas de savoyarde en vue, la randonnée s’avérant plus longue que prévue car obligeant à de nombreuses pauses photos afin d’essayer d’en capter toute la beauté. Nous finirons notre passage au Quilotoa par un frugal repas, l’hôtel proposant une demi-pension aussi légère que la déclaration d’intérêts de Jean-Paul Delevoye. Le lendemain matin, nous reprenons la route et notre découverte de l’Equateur avec grand plaisir, celui-ci nous réservant encore de belles surprises, mais cela, nous ne le savons pas encore !!

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