La moitié du Monde

Cette dernière journée à Otavalo débute bien avec un superbe petit déjeuner offert par notre hôtel, composé, entre autres choses, de deux bonnes viennoiseries et de fruits frais. C’est donc ravis que nous quittons cet havre de paix avec l’envie d’avaler les kilomètres comme nous avions dévoré un peu plus tôt les délicieux croissants au beurre, mais c’était sans compter sur la compagnie d’une vieille connaissance que nous allons souvent croiser en Equateur : la pluie…

En effet, c’est sous un déluge que nous finissons la première ascension de la journée avant de nous réfugier dans le premier restaurant venu, pour nous réchauffer en buvant un bon café. Un mignon petit chien, surnommé Paf, ayant connu la même mésaventure aquatique, se joint à nous afin de nous donner un peu de chaleur tout en partageant un peu de notre casse-croûte. Il partira ensuite assouvir sa curiosité de chiot auprès des vaches du pré mitoyen, nous laissant commencer la longue descente, n’ayant rien à envier à celle de Gérard Depardieu, vers Guayllabamba avec un petit pincement au cœur. Nous faisons notre pause déjeuner dans une cafétéria sans charme de bord de route à Tabacundo : cette ville a été récompensée le 14 juillet 2018 par le Guiness Book pour sa pyramide de roses de 1150 mètres carrés composée de 250 000 fleurs. Sachez que la Colombie et l’Equateur, en ce qui concerne les pays d’Amérique du sud, veulent détrôner les Pays-Bas sur le marché mondial de la fleur coupée. Ce n’est pas nous qui les aiderons car nous préférons voir la nature vivante, sous toutes ses formes, et regrettons toutes les énergies gaspillées sur l’autel du capitalisme mondialisé.

Cette nouvelle journée va avoir une saveur particulière car après être venus à bout de la cinquantaine de kilomètres et de 1100 mètres de dénivelé positif, nous allons atteindre un point symbolique de notre voyage, celui déterminant le départ des longitudes et latitudes, vous l’avez compris, il s’agit ici de la « mitad del mondo » !

En 1779, la première mission géodésique française (c’est quand même la classe non ?) dirigée par Louis Godin, Pierre Bouger et Charles Marie de la Condamine a localisé précisément le point central de la ligne équatoriale, qui divise la planète en deux hémisphères, nord et sud, à 13,5 kilomètres de la capitale de l’Equateur, Quito. L’endroit est devenu un petit parc d’attraction, avec 3 pavillons (français, espagnol et équatorien) qui donnent des informations complémentaires sur l’expédition, l’art et l’architecture de la capitale mais aussi une petite ville de style coloniale où l’on trouve de l’artisanat local, de la restauration et, plus étonnant, une micro brasserie ou encore un musée du chocolat.

Nous avons été plus qu’enchantés, et également agréablement surpris, d’être autorisés à entrer sur le site avec nos vélos et de pouvoir ainsi nous trouver au complet au centre du monde. Nous ne sommes pas passés inaperçus au milieu des centaines de touristes présents, faisant de nous, en quelque sorte, le nombril du centre du monde.

Après un petit repas partagé avec nos amis les pigeons, nous sommes partis en direction de la chambre d’hôtes réservée non loin de là : à défaut d’indications précises sur le GPS, un comble si près du point zéro, et de l’absence totale de signalisation, nous mettrons plus d’une heure et demie pour y parvenir et ce, grâce à l’aide d’une barista pâtissière et de son mari, ce dernier n’hésitant pas un instant à enfourcher son deux-roues afin de localiser précisément l’endroit de nos activités nocturnes. Le lendemain, après un très bon et copieux petit déjeuner dans la superbe maison de nos hôtes, nous nous dirigeons vers Quito, où nous arriverons vers midi sur la place de l’indépendance, après un trajet des plus pénibles, entre circulation intense et gaz d’échappement bien obscures à volonté, un régal !

Après nous être installés sur une jolie terrasse de la sympathique place centrale afin de nous désaltérer, nous profitons, avec plaisir non dissimulé, du spectacle offert par un groupe de danseurs urbains talentueux que nous ne manquerons pas d’encourager lors du passage du chapeau. Puis, une fois nos montures déposées à l’hôtel, nous partons nous perdre en ville, comme nous aimons le faire régulièrement, afin de profiter des fruits savoureux du hasard et d’en acheter également quelques uns pour complémenter le petit déjeuner du lendemain. Celui-ci sera d’ailleurs bien décevant mais cela n’entamera en rien notre volonté d’aller randonner sur le site du volcan Rucu Pichincha en empruntant, pour mon plus grand plaisir, un long téléphérique que nos compagnons de montée feront gigoter allégrement en photographiant à tout va les environs, séquence frisson. Une fois ce calvaire intestinal terminé sans encombre, nous voilà à un peu plus de 4000 mètres pour une randonnée donnée pour 5 heures et annoncée comme facile mais pourtant peu pratiquée au regard des tenues choisies par les autres personnes présentes sur le site. En effet, bon nombre d’entre elles sont en tee-shirt et petites chaussures et ne semblent être là que pour poser sur les balançoires flirtant avec le vide situées à 10 minutes du point de départ. Après avoir dépassé la première colline, nous voilà seuls au milieu d’un environnement magnifique et sauvage où le silence n’est rompu que par la voix caverneuse d’un américain confondant l’endroit avec le comptoir d’un bistrot, nous choisissons de hâter le pas afin de distancer ce trio et de retrouver le calme que nous apprécions, séquence contemplation. Une fois arrivés à la « grotte de l’ours », c’est tout naturellement que j’y hibernerai un moment et laisserai Héloïse partir seule à l’assaut du sommet, situé à plus de 4600 mètres, au prix de passages vertigineux, démontrant une fois de plus l’agilité de la marmotte savoyarde. De retour à l’hôtel, ce sera au tour d’Héloïse de se reposer, car ne s’étant à priori pas assez hydratée, elle souffre un peu du mal des hauteurs, j’irai donc pendant ce temps chasser au centre commercial près de là quelques aliments pour nous sustenter en soirée.

Après une bonne nuit, nous voilà en route pour le « free walking tour » proposé par l’une des nombreuses agences de tourisme de la ville. Nous apprécions cet événement car il nous permet de découvrir la ville d’un point de vue historique, culturel et social mais aussi d’entrer dans des lieux originaux ou encore interdit habituellement au public. A Quito, après être passés par le marché couvert, notre groupe international fort d’une vingtaine de membres ira place de l’Indépendance où se trouve la maison de la culture pour ensuite découvrir l’impressionnante église de San Francisco et sa nef recouverte d’or. S’en suit une pause gourmande au musée du chocolat, où le miracle de la transformation de la fève de cacao en de multiples délices sucrés se produit chaque jour. Pour finir, notre guide nous emmène rue La Ronda, autrefois un charmant endroit où se croisaient vendeurs de drogues en tout genre, marginaux et femmes de petite vertu avant d’être remplacés, sans ouverture d’esprit, par des vendeurs de glaces de paille, des artistes originaux et des restaurateurs aux délicieux menus. C’est chez ces premiers empêcheurs de trafiquer en rond que nous nous rendrons une fois notre « tour » terminé afin de déguster une étrange spécialité culinaire : le caca del perro ou, en français dans le texte, le caca du chien ! Et oui, ici on ne mange pas que du cochon d’inde mais aussi ce met surprenant qui n’est en réalité qu’une glace succulente devant son nom à la friandise traditionnelle de Quito du même nom, mélangeant panela (sucre de canne non raffiné), miel, vanille et arachide rôti, un régal. Sachez qu’Héloïse a risqué son intégrité physique afin d’immortaliser ce moment par un cliché historique, les photos étant strictement interdites afin de préserver… la pudeur des bacs de glace, peut être.

Nous nous rendons ensuite à la basilique del Voto Nacional, dans le quartier de San Juan, construite sous la direction de l’architecte français Emilio Talier qui s’est inspiré de la cathédrale Notre Dame dans un style néo-gothique. Des gargouilles originales ornent en nombre la façade, celles-ci représentent des espèces endémiques de la faune équatorienne ; crocodiles, tortues des Galapagos, singes, iguanes, fous à pattes bleus, pumas sans oublier le fameux condor, symbole du pays. Il est possible de passer par la charpente de l’édifice afin d’accéder aux toits et de profiter ainsi d’une magnifique vue sur la ville même si cela ne se fait pas sans un épisode vertigineux, trop chouette ! Je ne ferai pas le malin, surtout quand il faudra redescendre par un escalier proche de la grande échelle de pompier. Cela valait bien la peine, d’autant plus qu’ensuite nous passerons par l’atelier de rénovation et de confection des vitraux mais aussi par un joli café situé dans une des tours de la basilique , démontrant qu’il est possible de concilier foi et pêché de gourmandise !

Après ces émotions fortes, nous rentrons à l’hôtel afin de préparer la suite de nos aventures, nous avons fortement envie de nous rendre à Mindo, petit paradis situé à une centaine de kilomètres à l’ouest de la capitale. A force de recherches assidues, nous ne pourrons que constater que l’éco-route y menant semble bien difficile avec nos lourdes montures ; la nuit portant conseil, nous reportons la décision au lendemain, en voilà une idée qui s’avérera bien bonne.

Au réveil, la seule décision que nous avons prise est de nous rendre à une réunion d’information proposée par une agence de tourisme française, Tout équateur, afin d’en savoir plus sur Mindo et la possibilité de nous y rendre. Un couple de français à la mine patibulaire est déjà présent, nous leur adressons une timide salutation en attendant l’arrivée d’Hélène, émissaire de l’agence. Une fois au complet, nous ne sommes que 5, cette dernière nous expose les différents programmes proposés autour de Quito et nous conforte sur la difficulté de se rendre à Mindo en vélo, mettant un point final à ce projet.

Alors que nous sommes décidés à continuer notre chemin en direction de Machachi, à une quarantaine de kilomètres de là, l’impensable se produit, Alice et Julien, venus en Equateur pour un voyage d’une quinzaine de jours, nous propose spontanément une place dans leur véhicule car eux aussi désirent se rendre à Mindo : que faire ? S’agit-il d’un piège machiavélique manigancé par ces champenois au sécateur aiguisé ou alors d’un couple altruiste et ouvert d’esprit faisant preuve d’une gentillesse totalement désintéressée ? Depuis le début de notre voyage, nous avons pris le parti de faire confiance à notre instinct, mais cette fois c’est la peur qui nous a poussé à accepter leur offre, la machette ne sera de toute façon pas bien loin en cas de soucis…

Les vélos ne rentrant pas dans le véhicule, nous les laissons à l’hôtel et prenons donc la route de Mindo la peur au ventre. Très vite, nous nous apercevons que nos craintes sont sans fondement, qu’Alice et Julien sont non seulement très sympathiques mais aussi très avenants, nous voilà rassurés. Nous leur faisons confiance concernant le choix de l’endroit où nous allons passer nos nuits, à raison, car celui-ci est niché au cœur d’une nature préservée, au bord d’une petite rivière au débit calme et reposant, où même les colibris aiment venir y flâner, que demander de plus ?

Le lendemain, réveil de bonne heure afin de partir randonner dans un parc privé ayant la bonne idée de proposer une entrée à 6 dollars au lieu des 40 demandés par les agences en ville pour une excursion avec guide. Nous évoluons sur un sentier bien sécurisé nous permettant d’apercevoir quelques oiseaux et papillons mais aussi de jolies fleurs dans une végétation dense, et même si ce n’est pas Byzance, cette balade sera bien agréable, avec une fin un peu acrobatique mais sans réel danger, un vol majestueux de perroquets venant saluer notre départ pour notre plus grand bonheur. Ensuite, nous nous rendons à la ferme aux papillons par une piste défoncée, que domptera sans soucis Julien, qui n’a rien à envier à Sébastien Loeb, mais nous arriverons tout de même hors délai, l’établissement étant sur le point de fermer ses portes, et en profiterons alors pour partir en reconnaissance pour nos activités du lendemain. Petit arrêt dans un endroit repéré par Héloïse où nous allons nous désaltérer en compagnie de bon nombre de colibris, ce qui est toujours un joli moment empli de poésie, d’autant plus qu’au loin un vol de toucans viendra pointer ses becs jaunes. Retour à l’hôtel pour un petit apéro ti’punch et tout le monde au lit !

Nous voilà de nouveau en route pour le mariposario où durant de trop brèves explications, nous apprenons que les papillons ne vivent que quinze jours à un mois, et ce en fonction de leur taille, après 4 mois passés sous forme de chenille. Quelques jours de lumière après des mois à l’état de larve, cela me fait penser aux candidats de certaines télé-réalités. Le hasard nous fera rencontrer quelque temps après un spécialiste français des lépidoptères, leur nom scientifique, qui nous indiquera une durée de vie très variable mais pouvant être bien plus conséquente, nous voilà rassurés. Nous avons vécu un joli moment de douceur et de beauté en évoluant au milieu de ces magnifiques papillons, certains venant même se poser sur nos épaules ou nos mains, ce qui ne sera pas sans amener un certain contraste avec ce qui nous attend ensuite, surtout pour moi.

En effet, nous avons choisi d’aller faire la randonnée des cascades ensuite, mais pour cela il est obligatoire d’emprunter une nacelle vertigineuse pour se rendre au départ de celle-ci, j’en suis ravi. Heureusement, un gentil chien viendra nous tenir compagnie durant le trajet attirant mon attention, ce qui s’avérera d’autant plus appréciable lorsque le conducteur de la nacelle, suite à une erreur, pas facile de travailler téléphone portable en main, nous gratifiera d’une petite marche arrière au dessus de la canopée. Une fois ce calvaire passé, nous voilà en route pour la première cascade, une longue descente nous attend avant de pouvoir admirer en toute intimité, joli privilège, la puissance impressionnante de ces trombes d’eau, une fois de plus mère nature a bien oeuvré. Nous débutons ensuite l’ascension nous ramenant vers la nacelle, quelle joie, en passant par d’autres cascades plus modestes. De retour au véhicule, nous cherchons un endroit où manger sans perdre de temps, Alice et Julien étant attendus ensuite afin de faire une activité de rêve : de la tyrolienne !! Inutile de vous dire que je n’ai pas résisté une seconde à l’envie de ne pas les accompagner, contrairement à Héloïse qui s’est tout de même interrogée. S’accrocher à un câble pour survoler la forêt, je vous avais bien dis qu’ils n’étaient pas nets ces champenois !

Cette chouette journée se poursuivra par la dégustation de bons gâteaux, faut bien se remettre de ces émotions intenses, pour se terminer par une balade nocturne afin d’observer les habitants de la canopée. Ce n’est pas sans appréhension que nous nous glissons dans la nuit noire sur un petit chemin abrupte en compagnie de notre guide, certains d’entre nous étant plus impressionnés que d’autres, inutile de préciser que je parle ici des garçons. Antonio connaît parfaitement son environnement et nous montre un grand nombre d’insectes et d’araignées dont nous n’aurions même pas supposé la présence, ce qui ne manque pas de déclencher l’effroi, avec plus ou moins d’intensité, de certaines personnes de notre petite expédition : qu’ils sont impressionnables ces soit-disant membres du sexe fort. Voilà comment se terminera notre dernière soirée à Mindo, demain c’est le retour pour Quito. Ce n’est pas sans un pincement au cœur que nous laissera Alice et Julien, voilà une belle rencontre comme seul le voyage permet d’en faire. Enorme merci à eux, nous aurons plaisir de les revoir sur leurs terres afin de déguster une bonne flamiche au maroilles avec une, ou plusieurs, coupe de Champagne.

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