Un peu plus près des étoiles.

La Colombie, ce pays que l’on a tant apprécié, ne nous laissera pas partir sans verser une dernière larme, c’est touchant… En effet, alors que nous finissions les 14 premiers kilomètres d’ascension de notre avant dernière journée, nous avons été cueilli par une copieuse pluie bien fraîche recouvrant la chaussée d’une belle couche de boue. Nous faisons halte dans un « refuge » où après nous être réchauffés en dégustant un bon café accompagné d’excellents gâteaux, nous revêtons, et c’est une première, notre tenue intégrale d’hiver, surchaussures et gants inclus, afin d’affronter un climat qui ne surprendrait aucun Haut Français à la période automnale. Pour finir cette belle journée, nous trouvons un magnifique hôtel ne proposant ni eau chaude, ni wifi, ni même une petite restauration, et, cerise sur la gâteau, la gérante, aimable comme une porte de prison, refusera de nous donner une seconde serviette de bain, la vie est parfois trop injuste… C’est donc avec beaucoup de tristesse que nous quitterons ce lieu magique pour notre dernière journée colombienne de vélo jusqu’à Ipiales, courte mais intense puisque sur seulement 36 kilomètres nous avalerons plus de 1200 mètres de dénivelé positif. Cela pour arriver dans une ville morne à l’ambiance peu chaleureuse où beaucoup d’équatoriens viennent chercher de quoi alimenter le marché de contrebande en objets divers allant de la machine à laver au papier hygiènique ! Nous y resterons tout de même une journée pleine afin d’aller visiter le sanctuaire de Lajas, situé à quelques kilomètres de là, afin de redorer un peu notre fin de voyage en Colombie même si cela est un peu superflu, ce beau pays est désormais gravé dans notre coeur. Demain nous serons en Equateur.

Nous avons décidé de nous lever tôt afin d’arriver au poste frontière vers 6 h 30, la crise vénézuélienne poussant un grand nombre de gens sur les routes, nous sommes préparés à une longue attente. Mais ceci n’est rien à côté de la situation dramatique que connaissent tous ces malheureux. En effet, depuis 2015, plus de 2,3 millions de vénézuéliens ont été contraint à l’exode, soit environ 7 % de la population, à cause d’une situation économique et politique des plus difficiles : l’inflation pourrait atteindre 10 millions de pourcent en 2019, il y a de graves pénuries alimentaires et l’insécurité est manifeste, le Vénézuela étant le deuxième pays du monde en terme d’homicide. Le président Maduro, successeur du très populaire Hugo Chavez, mort en 2013, est par beaucoup rendu responsable de la crise économique, s’expliquant en grande partie par la chute du cours du pétrole, dont le Vénézuela détient la plus grande réserve mondiale, lui assurant auparavant le statut de pays le plus riche d’Amérique latine, lui permettant une politique sociale généreuse. L’actuel président ne fait pas l’unanimité dans son pays mais aussi à l’internationale, les vénézuéliens que nous avons rencontré en Colombie ou en Equateur nous l’ont bien confirmé, parlant d’un pays gangréné par la corruption et la violence. En 2017, les manifestations populaires ont été durement réprimées causant la mort de plus de 120 personnes. Devant l’afflux grandissant des migrants, les pays limitrophes ont durci les conditions d’entrées, il faut désormais un passeport, très difficile à obtenir à cause de la pénurie de papier, alors qu’auparavant une simple pièce d’identité suffisait. Malgré cela la population, surtout en Colombie, leur réserve souvent un bon accueil et les aide au mieux, ceci s’explique notamment par un sentiment de réciprocité né dans les années noires du narcotrafique. Nous avons souvent vu des chauffeurs routiers transportant gratuitement ceux qui n’ont pas les moyens de payer un ticket de bus, mais aussi, même dans les villages les plus modestes, une belle solidarité afin de nourrir les plus démunis. Sur le bord de la route, nous avons souvent profité des sourires et des encouragements des exilés, nous démontrant régulièrement que le bonheur ne dépend pas des possessions ou de l’épaisseur du porte-monnaie mais de la richesse de coeur et d’esprit, dont les gisements semblent ici inépuisables. Pourquoi ne pas reproduire cet élan de solidarité en Europe ?

Nous ne mettrons, à notre grande surprise, qu’une demie-heure pour passer les deux postes frontières, sans plus de formalités que de montrer notre passeport. La pente se faisant douce pour cette première journée équatorienne, nous arrivons vers 14 heures à San Gabriel, petite ville tranquille où, après que l’on ait refusé de nous servir le menu du jour dans un restaurant asiatique, peut-être parce que nous avons osé le demander sans viande, nous irons manger dans un petit restaurant des plus simples où nous nous régalerons d’une bonne soupe aux légumes et de riz aux haricots pour 2,5 dollars, jus de fruits frais compris. Le lendemain matin, au même endroit, nous découvrirons le quimbolito, spécialité à base de farine de maïs, de beurre, d’oeuf, de fromage, de vanille et parfois de raisins ou de chocolat, le tout cuit à la vapeur dans une feuille de bananier. C’est très bon au petit déjeuner avec un bon café, mais c’est encore meilleur quand cela est partagé avec un autre voyageur, comme ce fut le cas avec Carmelo, motard colombien revenant d’un périple de deux semaines au Pérou. Nous voilà donc prêts pour notre étape du jour sans réellement savoir jusqu’où nous allons rouler. Les soixantes premiers kilomètres nous étant très favorables, avec beaucoup de belles descentes et une route peu fréquentée, nous arrivons à Ibarra, 91 kilomètres plus loin. Après avoir avalé notre deuxième glace de la journée, récompensant les 20 derniers kilomètres d’ascension, nous avons le plaisir d’emprunter une belle piste cyclable ceinturant un joli lac aménagé pour les activités de loisirs, et d’y croiser un bon nombre de cyclistes à l’entraînement parfois amusés, souvent surpris par l’ampleur de notre chargement. Après avoir essuyé un refus dans un premier hôtel soit-disant complet, ce qui était en totale contradiction avec le vide absolu de son parking et de son restaurant (peut-être un colloque sur les emplois fictifs ?), nous passerons devant un camping à 35 dollars la nuit. Le sympathique gérant allemand de ce dernier n’hésitant pas à nous demander de faire sa promotion même si nous n’avions pas l’intention d’y passer la nuit, surprenant. Nous trouverons par hasard un chouette petit hôtel à 15 dollars la chambre avec eau chaude et wifi, bien en accord avec notre budget et nos envies afin de notre reposer de cette journée bien remplie.

Nous quittons donc Ibarra sans savoir où nous ferons étape aujourd’hui, notre seule certitude et que notre chemin passera par Otavalo et son marché artisanal réputé. La route étant de bonne qualité et peu fréquentée, nous arrivons tôt sur la place du marché et alors que nous recherchons l’office du tourisme, un homme nous interpelle dans un français parfait, avec un petit accent canadien, et nous propose son aide. C’est Yvan, un équatorien « multifonction » qui s’avèrera être un atout majeur durant notre séjour car, en plus de produire du café organique dans sa finca et de le torréfier dans sa petite boutique devant laquelle nous l’avons rencontré, il est aussi guide et fin connaisseur de son pays. Il nous conseillera un bon restaurant végétarien ainsi qu’un hôtel tout aussi qualitatif et nous organisera une randonnée au volcan Fuya-fuya avec son associé Walter comme chauffeur et guide. Mais avant cela, étant donné qu’il y a beaucoup à voir, nous décidons de rester au moins 2 nuits, et commencons, comme promis, par repasser boire un café après avoir déposé nos affaires à l’hôtel. C’est le fils d’Yvan qui s’occupe de nous et, en plus de nous servir un excellent café, il nous aidera à acheter à un vendeur ambulant, et sa brouette, un sac d’une cinquantaine de Litchi pour… un dollar ! Nous partons ensuite faire un tour sur la marché artisanal où malheureusement tout ne l’est pas, en effet même ici, le « fabriqué en chine » a envahi les étales, à nous de faire le tri. Nous y trouvons de jolis chapeaux, l’Equateur en étant le premier producteur d’Amérique du sud, d’ailleurs le chapeau de paille est baptisé panama malgré son origine équatorienne, car en 1906, Théodore Roosevelt porte ce chapeau lors de sa visite aux chantiers du Canal et contribue à populariser le « Panama Hat » (chapeau Panama), auparavant traditionnellement appelé « Sombrero de Paja Toquilla » (chapeau de paille). Héloïse trouvera également un chouette tee-shirt ainsi qu’une belle écharpe, qui lui sera bien utile pour le reste du voyage, et aussi un magnifique attrape-rêve artisanal qui habille désormais son vélo.

Nous rentrons ensuite à l’hôtel et en profitons pour choisir l’endroit où nous allons dîner car en Equateur, plus de couvre-feu à la tombée de la nuit comme en Colombie, nous retrouvons à nouveau toute notre liberté, ce qui est très plaisant. Après avoir avalé une bonne pizza, nous allons flaner sur la place centrale où les jeux de lumières mettent bien en valeur arbres, parterres fleuris ainsi que l’église indisociable à celle-ci. Le lendemain, nous prenons les vélos délestés des sacoches et attaquons l’ascension devant nous mener vers le mirador El Lechero ainsi qu’au refuge des Condors, symbole du pays. Après une belle grimpette d’abord sur une route asphaltée puis sur un chemin pavé, nous arrivons au sommet et pouvons ainsi comtempler la ville, la lagune ainsi que l’arbre millénaire à l’origine d’une légende : celle de l’histoire d’amour impossible d’un homme, transformé en cet magnifique arbre, et sa bien aimée, dont les larmes ont donné naissance à la lagune en contrebas. Après cette pause romantique, nous empruntons la piste afin d’aller au refuge où sont soignés des oiseaux suite à des blessures le plus souvent dûes à des chasseurs. Ils n’y restent que le temps de se rétablir, sauf pour les moins chanceux qui y demeureront parfois définitivement. Pour ma part, je n’y passerai que quelques minutes, la vue de ces magnifiques rapaces, symbole de grandeur et de liberté, dans ces cages bien trop petites, me retournant le coeur. Même si l’action de ce refuge est louable, il m’est impossible d’y adhérer m’identifiant à ces êtres privés de liberté. Nous redescendons ensuite vers la cascade de Peguche sur un chemin assez rude afin d’admirer cette chute d’eau de 20 mètres de hauteur dans un environnement préservé où se trouvent également des piscines incas. Après avoir déposé nos vélos à l’hôtel, nous allons au marché central où en plus de trouver des échoppes multicolores garnies de fruits et de légumes de saisons, il est possible de manger une grande variété de plats traditionnels préparés dans des cuisines ouvertes de quelques mètres carrés à l’ambiance populaire très appréciable.

Le lendemain, comme conseillé par Yvan, et après avoir profité de notre superbe petit déjeuner, nous passons par le marché en cours d’installation, l’ambiance y est particulière le samedi car il s’agit du plus gros jour de la semaine et tout le monde s’agite dans tous les sens afin d’être prêt au plus tôt. Comme convenu, nous arrivons vers 8 heures 30 afin de déguster un bon café avant de prendre la route pour le Fuya-fuya en compagnie de Walter, une randonnée de quatres heures nous attend. Après trente minutes d’une route pavée, nous arrivons à la lagune, notre point de départ. Cela commence par une douce grimpette, où nous avons le loisir de flaner dans cette nature préservée, pour ensuite affronter une pente bien raide où l’humidité ambiante ne nous facilite pas la tâche, ce qui n’est pas de bonne augure pour le descente. Walter, qui à l’origine ne devait que nous conduire jusqu’au site, a choisi de nous accompagner et en profite pour nous distiller des informations sur le site et son histoire, encore une belle rencontre très enrichissante qui nous ravit. Après un bel effort, le souffle se faisant court à plus de 3000 mètres, nous voilà au sommet d’où nous pouvons admirer les 3 lagunes en contrebas sous un magnifique jeu de lumière offert par mère nature qui aime à s’amuser avec le soleil et les nuages, on se régale ! Comme je l’avais pressenti, la descente sera très compliquée pour moi, en effet, entre des chaussures pas adaptées à ce terrain glissant et une pente parsemée de rochers vertigineux, c’est avec beaucoup de crainte que je l’entame. Heureusement Héloïse et Walter sont aux petits soins avec moi et m’accompagnent à chacun de mes pas m’aidant à dépasser ma crainte du vide tout en confirmant que « seul on va plus vite, mais à plusieurs on va plus loin ». Une fois la partie la plus périlleuse passée, c’est sur les fesses que je finirai de descendre la première moitié de la pente avant de retrouver des conditions plus propices à mon statut de bipède. Héloïse fera la seconde partie de la descente à la manière d’un animal emblématique de sa chère Savoie, je ne parle pas ici de la marmotte qui la concerne plus en matinée, mais du chamois, démontrant une nouvelle fois son habilité dans la pente. Cette randonnée fut magique tout comme le colibri que j’ai été le seul à apercevoir, phénomène rare confirmé par walter : l’ai-je rêvé ?

Aujourd’hui c’est l’anniversaire d’Héloïse, nous choisissons donc de prolonger d’une journée notre séjour à Otavalo avec l’espoir de partir en randonnée autour d’un lac volcanique, activité qu’apprécie beaucoup la star du jour. Ce sera sans compter sur la météo qui est à la pluie, nous obligeant à rester à l’hôtel avec l’espoir que le ciel vire rapidement au bleu. Seules mes jambes, un peu (beaucoup ?) courbaturées par notre ballade de la veille, se réjouissent de la situation. Nous ne pourrons profiter d’un climat plus favorable qu’en fin de matinée, impossible donc d’entamer la randonnée de 15 kilomètres envisagée la veille, nous prenons donc la direction du marché couvert pour nous sustenter d’un savoureux mélanges de graines, de maïs et de fèves avant, pour donner à cette journée exceptionnelle la touche gourmande qu’elle mérite, de nous rendre dans une patisserie de la place des Ponchos. De magnifiques gâteaux se proposent à nous, notre choix s’arrête sur une forêt noire et un carotte cake qui régaleront autant nos yeux que nos papilles, notre séjour à Otavalo se termine ainsi sur une note sucrée des plus plaisantes, demain nous prenons la route pour Guayllabamba, les conditions ne seront pas faciles, comme ce sera souvent le cas en Equateur, mais cela, nous ne le savons pas encore.

2 commentaires sur “Un peu plus près des étoiles.

  1. buenos dias les cycloverts,
    nous n’aurons donc pas le plaisir de vous rencontrer au prochain festival du voyage à vélo, mais nous avons la chance de vous accompagner dans votre périple en amérique latine. nous ne sommes donc pas complètement perdants.
    merci pour votre première chronique équatorienne aussi succulente que vos précédentes sur la Colombie !! ai beaucoup apprécié, entre autres, le passage sur la belle solidarité humaine entre colombiens et vénézueliens.
    merci de continuer à partager de la sorte avec nous votre beau périple.
    philippe antoine

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    1. Bonjour Philippe,

      Cela nous fait bien plaisir de savoir que tu apprécies nos récits, c’est motivant.
      Effectivement, nous n’avons pas effectué la moitié de l’aventure, nous ne devrions donc pas poser nos roues en Europe avant un bon moment, qu’il est appréciable d’abuser de notre liberté 😀
      Au plaisir de te lire

      Héloïse et Christian

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