Viva la Colombia !!!

C’est donc en arborant fièrement les couleurs de la Colombie, ce maillot symbolisant pour moi la gentillesse et la sympathie de ses habitants, que j’enfourche mon vélo ce matin en direction de Tuluà. Ayant choisi une route plus adaptée à son vélo tout terrain, Juan, notre collègue cyclo rencontré la veille, nous laisse évoluer seuls sur un ruban asphalté de très bonne qualité, ce qui nous permettra de couvrir les 91 kms du jour à un rythme soutenu, un peu de plat ne nous fait pas de mal. Il en sera d’ailleurs de même le lendemain en direction de Palmira, à une grosse nuance près : sur les 26 premiers kilomètres, nous partagerons la route avec des centaines de cyclistes, en une file presque ininterrompue, un peu comme les lobbystes à Bruxelles. Héloïse interroge une participante et apprend alors qu’en ce jour de pâques, il est de tradition d’aller faire bénir son vélo à la basilique de Buga. Sans hésitation, nous décidons de faire un petit détour afin de nous joindre à la fête. Arrivés au coeur de l’événement, nous devenons rapidement une source d’étonnement et de curiosité avec nos montures surchargées dans le monde de rapidité et de légéreté qu’est celui du vélo de route. Certains nous prennent, plus ou moins discrètement, en photos tandis que les moins timides souhaitent poser avec nous. L’espace d’un instant, nous avons le sentiment d’avoir revêtu un costume de rockstar, tenue que nous allons vite abandonner pour retrouver celle de voyageur, qui nous sied bien mieux, d’autant plus qu’il nous reste un bon bout de chemin à parcourir.

Cela fait maintenant 3 jours que nous évoluons sur des routes bien plus favorables que le climat, ce qui ne nous permet pas toujours d’éviter les orages ou de longues heures sous le pluie, mais, à coups sûrs, cela a facilité notre arrivée à Popayan, ce qui nous ravi. A peine arrivés au parc Caldas, Héloïse nous dégote une très chouette auberge de jeunesse à l’emplacement de premier ordre. Celle-ci est « dans son jus », ce que certains appellent le charme de l’ancien, et nous offre pour une somme modique l’accès à une cuisine, à la wifi ainsi qu’à des sanitaires privés. Nous allons largement avoir le temps de profiter de toutes ces qualités car un événement dramatique nous obligera à rester bien plus longtemps que prévu dans cette cité coloniale, mais cela, nous ne le savons pas encore quand nous décidons de prolonger notre séjour d’une journée afin de profiter du « free walking tour », très bon moyen de découvrir une ville et d’amasser de bonnes adresses. Popayan, capitale du département de Cauca, est surnommée « la ville blanche de Colombie » en raison de ses murs recouverts de chaux afin d’éloigner une puce véhiculant par le passé de meurtrières maladies. Comme à Carthagène, les meilleurs architectes et artisans de l’époque coloniale y sont intervenus, ce qui en fait une des villes les plus importantes du pays pour son architecture. C’est aussi la seule ville d’amérique latine a avoir reçu le label « ville de la gastronomie » par l’Unesco en raison de son importante tradition culinaire, nous allons d’ailleurs bien en profiter !

Nous sommes arrivés en fin de semaine sainte, cela nous permet tout de même d’assister aux nombreuses processions, inscrites en 2009 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. En effet, celles-ci passent systématiquement devant le cathédrale Notre Dame de l’ascension à laquelle notre hôtel est intimement lié, au point de nous faire profiter du joli filet de voix du prêcheur durant nos petits déjeuners. Nous voyons donc tous les soirs défiler les écoliers en tenue colorée, les policiers mais aussi les autels des très nombreuses églises de la villes, obligeant leurs porteurs à se relier régulièrement sous leur poids écrasant, le tout étant rythmé par les tambours des fanfares appartenant aux différentes associations de Popayan mais aussi des environs. Comme vous le savez déjà, nous ne pensions rester qu’un court moment à Popayan avant de reprendre notre route vers l’Equateur, le déluge de pluie qui s’abat régulièrement en fin de journée sur la région andine du pays en a décidé autrement, au plus grave préjudice du village de Rosas, où un glissement de terrain a plongé dans un sommeil éternel plus d’une trentaine de ses habitants. Pachamama fait parfois payer cher le déréglement climatique. Depuis plus de deux mois, nous avons pu constater la gentillesse et la sympathie du peuple colombien, ce drame nous parait donc encore plus injuste.

Au total, nous resterons une semaine à Popayan, à déambuler dans ses petites rues à la recherche d’un point de vue ou d’un endroit où manger. Sur ce point, nous sommes gâtés car comme vous le savez déjà la gastronomie a une belle place ici, ce qui permet de varier notre alimentation entre les restaurants végétariens qui, chose rare, sont au nombre de quatre, les restaurants italiens et un savoureux restaurant hôtelier à la cuisine plus raffinée. Rajoutez à cela la possibilité de cuisiner à l’hôtel et nous voilà comblés ! C’est donc en pleine forme que nous nous rendons à la gare routière afin de monter dans un bus pour El Bordo, ayant la volonté d’éviter de passer à vélo à Rosas, n’étant pas à l’aise avec l’idée de faire du tourisme sur le lieu de la catastrophe. Mais la seule route vers l’Equateur ayant été coupée durant près d’une semaine, il y a grande affluence à la gare et les bus sont bondés, il ne reste plus qu’une place dans le bus que nous convoitons. Héloïse refusant de me laisser embarquer pendant qu’elle ferait le chemin à vélo, nous voilà donc dans l’obligation de remonter tous les deux sur nos montures pour près de 1800 mètres de dénivelé positif sur 84 kilomètres. Au prix d’une belle performance, nous atteindrons notre objectif en fin de journée, prendrons le premier hôtel un peu correct et, après une douche froide, mangerons la seule chose végétarienne que nous trouverons, des beignets de pommes de terre, avant d’aller nous écrouler dans le lit.

C’est avec les jambes lourdes que nous reprenons notre chemin le lendemain pour un trajet qui se devait moins exigeant, il ne le sera qu’à peine. Après une belle descente nous enchaînons les « bosses » maltraitants nos jambes et me faisant, c’est une première depuis le début du voyage, regretter, l’espace d’une pensée, d’avoir choisi le vélo comme mode de transport. Nous voilà à mi-parcours et il nous reste 40 kilomètres de nature « désertique » à traverser avant la prochaine ville, espérons que nous ne manquerons pas d’eau. Il n’en sera rien car le ciel nous tombe sur la tête rendant la fin de parcours bien difficile : ce n’est pas rose tous les jours la vie de voyageur à vélo, soyez en sûr. La seule chose à faire étant d’aller de l’avant, nous arriverons tardivement à Remolino où nous avalerons notre premier « vrai » repas depuis deux jours avant d’aller nous coucher. Il ne nous reste pas assez d’argent en poche pour les deux étapes nous restant jusqu’à Pasto et pas de distributeur en vue. Nous sommes donc dans l’obligation de prendre un transport collectif, chose rare depuis le début de l’aventure mais conforme à notre volonté d’avoir le moins recours possible aux énergies fossiles dans le respect de notre environnement. La representante de la compagnie de bus locale nous fait patienter, fait signe au chauffeur mais ce dernier ne s’arrête pas !! C’est d’autant plus rageant que cette dernière nous a empêché de solliciter un autre bus passé quelques minutes auparavant. Nous devons donc démonter les vélos car après négociation, nous avons trouvé un pick-up pour nous emmener. Nous voilà donc dans la benne de ce dernier, vélos attachés sur le hayon ouvert, ballotés dans tous les sens au grand désespoir d’Héloïse à qui cela rappelle les mauvais souvenirs de la croisière mouvementée en bateau à voile entre le Panama et la Colombie. La conduite sportive de notre chauffeur n’arrangeant rien à la situation.

Nous voilà enfin arrivés à Pasto, dernière grande ville avant la frontière avec l’Equateur. Le trajet entre la gare routière et le centre ville n’est pas des plus agréables sous un ciel gris légèrement pluvieux et un concert de klaxons. Nous trouvons refuge dans un chouette restaurant où nous avalons un bon plat de pâtes puis nous mettons à la recherche d’un endroit pour la nuit. Nous jetons notre dévolu sur une auberge de jeunesse tenue depuis 2 ans par Loic, un suisse. Nous y resterons 5 jours afin de nous reposer, de visiter les environs mais aussi de trouver un professionnel afin de resouder le porte bagages en aluminium du vélo d’Héloïse. Une fois trouvée cette perle rare, nous partons visiter la lagune de Cocha sous un ciel peu clément, où, lors d’une pause café, un joli petit chat nous tiendra compagnie pour notre plus grand plaisir. A deux reprises nous reporterons notre départ, signe que nous n’avons peut-être pas envie de quitter la Colombie ? Et pourtant, après deux dernières étapes durant lesquelles nous allons connaître à nouveau la joie de la pluie mais aussi des chantiers tranformants les bas côtés en piste boueuse, nous voilà à Ipiales, dernière ville avant l’Equateur. Cette dernière n’a pas grand chose pour nous plaire, son parc n’est pas très attrayant, ses rues sont ternes et l’ambiance est singulière, mélange bruyant d’activités frénétiques pour certains et d’oisiveté alcoolisée pour d’autres. Nous y resterons tout de même deux nuits afin d’aller visiter le sanctuaire de Lajas, preuve que la foi peut déplacer des montagnes, ici ils ont choisi de construire une église au coeur d’un gouffre rocheux, monument spectaculaire. Sur le chemin, nous ferons connaissance pour la première fois avec une tradition culinaire surprenante, celle du Cuy (prononcé couille). Il s’agit de cochons d’Inde rôtis en crapaudine, spécialité fort appréciée ici mais aussi en Equateur et au Pérou, ce que nous découvrirons par la suite. Les affiches publicitaires de bord de route ventant la qualité de ce plat rendent presque sympathique l’idée de le déguster, ce que semble faire beaucoup de touristes si on en croit la lecture de nombreux blogs de voyage. Nous préférons quant à nous faire l’impasse sur ce mets et nous contenterons de quelques chips et de fromage frais comme dernier repas colombien car demain, nous franchirons la frontière et laisserons derrière nous tant de belles rencontres et de bons moments que cela ne se fera pas sans un gros pincement au coeur : la Colombie est humainement le plus beau pays que nous avons eu la chance de traverser, ses paysages sont magnifiques et sa varieté climatique une vraie chance. Si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas, il y aura sans aucun doute tant de choses pour vous plaire ici !! Viva la Colombia !!

5 commentaires sur “Viva la Colombia !!!

  1. Ah oui, tu as raison, cela fait partie des pays que je voudrais faire à vélo, l’Iran aussi, et puis…pas sûr qu’on ait assez d’une vie! Bonne continuation Isabelle ( nous on vient de rentrer, et bien là France c’est très joli aussi)

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  2. un grand, grand merci pour tous vos beaux articles sur la Colombie !! je me suis régalé de vos aventures, vos rencontres, vos partages, votre humour et vos magnifiques photos pleines de couleurs de vie.
    il y a une humanité, une gentillesse, une joie de vivre dans ces pays d’amérique latine qui les rendent très attachants.
    bon courage à vous pour le retour en France après avoir vécu des moments si intenses en Colombie.
    encore merci à vous, les cyclos verts, d’avoir partagé votre périple avec les cyclos de CCI;
    en espérant une projection de votre aventure à Vincennes,pour le prochain festival l’année prochaine !!
    amicalement à vous.
    philippe antoine

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    1. Bonjour Philippe,
      On te remercie beaucoup pour ton commentaire plein d’enthousiasme !!
      Sache que notre aventure continue jusqu’à Ushuaia, et que par conséquent on ne sera toujours pas rentrés en Europe en janvier ☺️
      Cordialement,
      Héloïse et Christian

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