On en redem’Andes !!

Nous voilà donc de retour sur la route après ces quelques belles journées passées à Guatapé. Depuis le début de notre voyage, nous avons délibérément choisi de nous laisser guider par notre inorganisation, laissant la part belle aux rencontres, aux conseils des locaux et à notre instinct. Cela nous a souvent souris, comme lors de notre deuxième étape post-Guatapé. En effet, alors que nous avions l’intention de prendre au plus court, même si cela signifiait beaucoup plus de dénivelé, nous avons finalement écouté les conseils que nous avions été chercher auprès de deux policiers : ces derniers nous ont déconseillé l’option que nous avions initialement choisie, notamment à cause d’un revêtement fort dégradé mais aussi des mauvaises rencontres que nous pouvions potentiellement y faire. Certes cela allait nous demander une journée de plus mais qu’importe, nous avons le luxe de prendre notre temps alors pourquoi s’en priver ! Cette matinée de roulage se terminera par une descente impressionnante : 600 mètres de dénivelé négatif en 6 kilomètres, nouveau épisode de surchauffe pour mes freins à disque…

Une fois arrivés dans le quartier d’Itagui, au sud de Medellin, nous trouvons par hasard un super restaurant végétarien. Cet ilôt de calme et de délices ne pouvait pas tomber mieux car ce retour dans le bruit et la pollution nous fatigue et nous irrite énormément. Après deux heures de pause, nous voilà prêts pour nos derniers coups de pédales afin de quitter définitivement les affres de la grande citée. La journée se terminera dans un havre de paix, un gîte créé par Mariano, un espagnol, il y a 8 ans, sur le thème du Buddha et décoré avec le plus grand soin. Nous aurons également le plaisir de déguster un bon tajine préparé par le maître des lieux : pas toujours facile la vie de voyageur à vélo ! Après une bonne nuit, nous voilà repartis pour une ascension de vingt kilomètres dans laquelle nous ne tardons pas à croiser un groupe de VTTistes dans une posture assez comique : en effet, suite à une crevaison, l’un des membres du groupes est monté sur le vélo d’un de ses compères tout en tenant sa propre monture à bout de bras, surprenant mais vrai. Il n’est pas rare de croiser, depuis le Costa Rica, des deux roues, motorisés ou non, transportant bien plus de personnes que prévues, voir même des animaux, cela pouvant aller jusqu’à un mignon petit veau. Nous dépannons donc les infortunés du matériel de réparation nécessaire et discutons voyage durant l’opération. Celle-ci s’éternisant un peu, certainement à cause du manque d’expérience de nos collègues colombiens, nous sortons un petit paquet de gâteaux afin de faire le plein d’énergie et apprenons alors que cette bande de joyeux lurons travaillent tous dans l’usine qui les fabrique, drôle de coïncidence. Après 30 minutes d’arrêt, nous voilà repartis à l’assaut de la difficulté du jour, environ 1000 mètres de dénivelé positif, que nous avalerons tel un homard géant accompagné de Mouton Rotschild, pour attendre le « col » du jour où nous attendent 4 restaurants et un gardien de parking très zélé. En effet ce dernier refuse catégoriquement que nous restions ne serait-ce qu’un instant devant les véhicules en stationnement alors même que nous sommes toujours sur les vélos. Nous faisons mine de ne pas comprendre le temps de choisir l’endroit où nous allons déjeuner puis le saluons avec un grand sourire en nous éloignant. Après avoir ingurgité notre trilogie préférée composée de riz, de haricots rouges et d’oeuf, nous reprenons la route avec beaucoup d’entrain, ravis par les 44 kilomètres de descente qui nous attendent !! Ceux-ci ne seront interrompus que par quelques pauses comtemplations et par un arrêt technique, les patins de freins d’Héloïse n’ayant pas survécu à cette descente de folie.

Alors que nous arrivons à La Pintada, nous sommes pris dans un embouteillage monstre, en cette veille de semaine sainte, beaucoup de Colombiens semblent s’être donnés rendez-vous dans cette ville dont les atouts nous échappent au premier abord, au second également d’ailleurs. Sachez qu’en Amérique Centrale et du Sud, les vacances sont précieuses car rares, nos discussions avec les locaux nous ont appris que pour beaucoup, elles se limitent à 2 ou 3 semaines dans l’année et qu’il n’est pas rare de cumuler plusieurs activités à temps partiel, ce qui allonge considérablement le temps de travail. Souhaitant fuir la chaleur étouffante résultant de la baisse d’altitude, nous nous réfugions dans le premier hôtel disponible, celui-ci est certainement un ancien centre commercial, le « mur » mitoyen du couloir n’étant en réalité qu’une immense vitrine pouvant faire penser à un étrange et tristement célébre quartier d’Amsterdam. Etant donné qu’il manque une partie du vitrage à notre aquarium, c’est seul que je me rends au commerce du coin afin de nous ravitailler pour le repas du soir : pas de fruits délicieux ou de légumes sains dans les rayons, seulement les best seller de l’agro-alimentaire mondial, nous devrons nous satisfaire d’un paquet de chips et d’un peu de fromage fondu, les jours se suivent et ne se ressemblent pas toujours, c’est certainement mieux ainsi car cela nous permet d’apprécier d’autant mieux les moments et les lieux d’exception.

Après une nuit un peu agitée par des noctambules éméchés fans de musique puis par des lèves-tôt à l’organe vocal très développé, nous poursuivons notre chemin sans nous retourner sur cette ville restée pour nous sans saveur, pour rencontrer un phénomène qui rendrait fou la majorité des automobilistes français, la gestion particulière des travaux de voiries : celles-ci n’étant pas épargnées par mère nature, on se retrouve très régulièrement sur des routes à une seule voie sur plusieurs kilomètres. Cela signifie une circulation alternée et une attente dépassant facilement le quart d’heure, sous un soleil de plomb, à chacun des chantiers rencontrés, et ils sont nombreux, trop nombreux, mettant notre patience en défaut, contrairement à notre culot. C’est en effet en arborant notre plus beau sourire et en l’accompagnant d’un bonjour enthousiaste que nous franchissons les barrages sous les yeux tantôt amusés, tantôt médusés mais toujours bienveillants des ouvriers. Il ne nous reste plus qu’à bien faire attention aux véhicules que nous croisons, ce qui nous oblige parfois à emprunter la voie en travaux, et le tour est joué, nous voilà arrivés à Irra, avec plus d’une heure de perdue, mais cela aurait pu être bien plus. Une nouvelle ville peu engageante au premier regard avec sa rue principale où se concentrent discothèques et bars se livrant à un concours de celui qui a la plus grosse…sono ! Il n’y a que trois lieux où nous pouvons passer la nuit, nous choissirons le moins pire qui est aussi le seul excentré, ce qui aura le mérite d’assurer un peu de calme. Nous voilà dans notre chambre, avec sa douche froide, son lit en béton et sa petite fenêtre nous offrant, ce qui est déja pas mal, une belle vue sur la rivière Cauca, située en contrebas.

Le lendemain, en chemin pour Chinchina, nous ferons la rencontre de Flaminio, alors qu’il nous reste une dizaine de kilomètres pour finir l’étape. Ce jeune cycliste d’une soixantaine d’années nous accompagnera jusqu’au centre ville, sans omettre de nous offrir au passage une boisson locale aux effets « magiques » comme il me l’a dit avec un sourire coquin et une gestuelle équivoque. Nous l’inviterons ensuite à se joindre à nous pour le repas, ce qu’il acceptera avec un peu de gène. Moment durant lequel il nous parlera de son épouse Marta, institutrice, et aussi, avec un pincement au coeur, de son fils, parti vivre aux Etats-Unis et qu’il n’a plus revu depuis. Le lendemain, sur la route de Cartago, c’est Gilles, expatrié français depuis 19 ans que nous rencontrerons. Il a ouvert une patisserie nommée « El Parisino » sur les hauteurs de Perreira où nous avons eu plaisir à discuter tout en discutant un « broyer du Poutou », sa région d’origine, qu’il nous a offert. Son établissement est un véritable musée photographique des monuments emblématiques de Paris mais aussi un endroit très agréable pour déguster de bons gâteaux en profitant du joli panorama offert par la terrasse. Ce dopage sucré nous permet d’en terminer rapidement avec les 20 kilomètres de montée du jour et, grâce à une fin de parcours favorable, d’arriver rapidement à Cartago où nous avons la surprise de croiser Juan, notre premier cyclo voyageur colombien. Il se propose de m’accompagner dans ma quête du maillot de l’équipe cycliste colombienne, restée vaine jusque là. A force de discussion et de coups de téléphone, c’est directement à l’hôtel que l’on viendra m’apporter un exemplaire adapté à ma carrure un peu hors norme pour le pays, la taille moyenne des colombiens se situant entre 1 m 67 et 1 m 70. Même si ce n’est pas exactement le modèle que je convoitais, c’est avec plaisir que j’enfilerai ce maillot, symbole de l’esprit de partage et de la grande gentillesse des colombiens.

La Colombie, en plus d’être maillot jaune sur le Tour de France avec Egan Bernal, remporte sans conteste le maillot du peuple le plus sympathique que nous avons rencontré depuis le début de notre voyage, même si le sprint final avec le Costa Rica a été serré. La fin de notre voyage sur les terres colombiennes ne fera t-elle que confirmer notre sentiment ?

3 commentaires sur “On en redem’Andes !!

  1. Une grosse bise en direct du festival du voyage lent, au Caylar, vous vous rappelez ! Je viens d’y passer une superbe semaine. Demain je reprends la route pour Chambéry, Benoît lui, a repris le boulot. Isabelle

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