Zócalos ??

Nous ne voulions pas aller dans cette mégalopôle de plus de 2,5 millions d’habitants,   nous y resterons 5 jours : mais impossible de quitter Medellin, si attachante par ses habitants, si intéressante par son histoire, sans passer une dernière fois saluer Marina et Alvaro au musée de la bicyclette, même si cela signifie un départ tardif, cela n’a pas d’importance. Cette pause enchantée nous a aussi permis de nous reposer avant de repartir à l’assaut des Andes et de ses dénivelés frôlant parfois la folie. Cela a d’ailleurs commencé par une ascension de 18 kms, pour près de 1000 mètres de dénivelé positif, avec, pour fêter par anticipation la fin de l’effort, une belle averse juste avant son dernier kilomètre. Nous nous réfugions alors dans le premier petit restaurant venu afin, comme trop souvent, d’avaler sans plaisir la trilogie locale ; riz, haricots rouges et oeufs, accompagnée d’une petite salade sans grande saveur. En effet, ici, en dehors des grandes villes, point de variété alimentaire si vous n’êtes pas un carnivore ! Nous sommes souvent amusés par la réponse qui nous est faite lorsque nous indiquons ne pas manger de viande : « vous voulez du poulet ?? ». Une fois cette parenthèse gastronomique terminée, nous reprenons la route pour 26 kilomètres de descente douce, un vrai bonheur d’autant plus que la pluie a cessé et que le ruban d’asphalte a séché. Nous passerons la nuit dans un hôtel jouxtant un restaurant portant fièrement le nom de « El palacio de los frijoles », le palais des haricots, sans être cependant dérangés par les émissions sonores souvent liés à son ingestion.

Le lendemain, c’est reparti pour de la grimpette mais dans une moindre mesure, même si le dénivelé sera plus conséquent qu’attendu. Le parcours du jour est facilité par une météo favorable, entre 20 et 25 degrés sous un ciel bleu, une belle route peu fréquentée dans un environnement verdoyant et montagneux, très agréable. Cela nous permettra d’arriver sur la place centrale de Guatapé vers 14 heures, un endroit de toute beauté. Tout en avalant notre menu végétarien préféré, nous recherchons un gîte pour la nuit, pas facile car l’offre dans ce village très touristique est pléthore. Mais cela est sans compter l’ingéniosité d’Héloïse pour dénicher les bonnes adresses : nous voilà dans un petit hôtel près du centre, offrant cuisine partagée, eau chaude et grande terrasse pour moins de 16 euros la nuit. Comme il est encore tôt, j’en profite pour aller chez le coiffeur situé juste en face : j’en ressors avec une coupe quasi militaire, très loin de ce que j’ai demandé, cela m’apprendra à ne pas avoir travaillé assez mon espagnol ! Nous allons ensuite nous promener dans les rues multicolores de Guatapé, où les maisons sont parées de bas reliefs appelés Zócalos. Ceux-ci sont une tradition depuis le début du 19ème siècle et symbolisent soit le métier, soit la passion, soit la fantaisie des habitants de la bâtisse. Cela donne des rues aux couleurs vives et acidulées très attrayantes, justifiant, à elles seules, amplement le déplacement. Mais cette ville offre aussi une autre attraction : le Piedra del Penol ou le Penon de Guatapé, mais nous y reviendrons plus tard.

Le voyage nous offre de nombreuses opportunités : rencontrer facilement les locaux grâce au côté universel de notre cher deux-roues, contempler la nature dans un état quasi originel grâce aux réserves naturelles mais aussi en empruntant les axes secondaires, limiter notre impact écologique et transmettre, si nos interlocuteurs sont demandeurs, certaines pratiques réduisant celui-ci. Il nous permet aussi de croiser le chemin d’autres voyageurs, parfois pour quelques heures, parfois pour quelques jours, mais que nous avons l’étrange impression de connaître depuis toujours tant le dialogue est facile et débarrassé de tout artifice. Ce fut le cas avec Lydie, Lia, Elouan et Stéphane, voyageant depuis plus de deux mois en Colombie, en empruntant les transports en commun. Cette famille drômoise a d’ailleurs mis 25 heures pour arriver à Guatapé en bus, chapeau ! Lydie et Stéphane semblent quotidiennement relever un sacré défi, celui de permettre à leurs enfants de grandir en ayant une connaissance réelle, concrète, pratique du monde et pour cela se sont aménagés un style de vie le permettant. Stéphane a construit de ses mains la maison familiale nichée dans un petit coin de paradis, au plus près de la nature, sans pour autant être coupé du monde. Quand ils voyagent, c’est pour partir à la rencontre des vrais gens, des coins où les touristes « classiques  » ne vont pas ou par accident, d’ailleurs ils ne resteront pas bien longtemps à Guatapé pour lui préférer un village qui fut autrefois tenu d’une main de fer par un baron du narcotrafic mais devenu aujourd’hui un lieu calme et paisible leur permettant de se perdre dans la nature environnante. Nous les quitterons avec regret mais avec la certitude de les revoir un jour dans leur « milieu naturel ».

Contrairement à eux, nous avons souhaité découvrir la grande attraction de Guatapé, pour cela nous avons emprunté les non-moins touristiques tuc-tuc afin de nous éviter une randonnée sans intérêt jusqu’au Piedra del Penol, un monolithe de plus de 200 mètres de haut domimant toute la région. Ce gigantesque rocher étant privé, il faut s’acquitter d’un droit d’entrée de 18 000 pesos, soit un peu moins de 6 euros,  pour avoir le bonheur de grimper les 720 marches menant au sommet, soit une petite moitié de Tour Eiffel. Nous l’avons fait avec entrain, impatients d’admirer la magnifique vue promise, mais aussi avec du respect mêlé à de la tristesse pour ce brave homme portant sur ses épaules des marchandises au moins aussi lourdes que lui… image d’un autre temps ?                                                                                                                                             Une fois au sommet, une vue sur 360 degrés s’est offerte à nous, découvrant un lac parsemé d’une myriade de collines verdoyantes, confirmant l’intérêt de cette ballade verticale. Ce lac résulte de la construction d’un barrage sur le Rio Nare et représente la 3ème plus grande retenue d’eau de toute la Colombie. C’est un lieu très prisé par les habitants de Medellin, ils aiment venir s’y baigner ou faire du bâteau dans cet environnement dépaysant à moins de deux heures de chez eux.

Après avoir emprunté l’escalier réservé à la descente, c’est notre appétit qui atteint des sommets, c’est pourquoi nous nous rendons au restaurant végétarien « Namasté » où la nourriture est aussi bonne que l’accueil est sympathique ! Nous nous régalons d’un très gourmand falafel accompagné de crudités très bien assaissonnées et de sauces aussi variées que délicieuses, tout cela en libre service, miam !                                                       De retour à l’hôtel pour un peu d’écriture en terrasse, notre curiosité est piquée par les activités sportives quasi permanentes depuis notre arrivée, se déroulant non loin de là : sans attendre, nous en prenons la direction et découvrons un stade de foot où s’entrainent les équipes masculines et féminines de la ville (nous avons souvent vu des équipes mixtes dans des villes plus modestes, ce qui nous a étonné dans ce pays plutôt patriarcale), un terrain de BMX où filles et garçons roulent ensemble, une piste de roller de vitesse, sport semblant très populaire en Colombie, une salle polyvalente, un terrain de basket et une piscine semblant en réfection depuis les années 2000… Ils ont de la chance les sportifs de Guatapé, à condition de n’aimer l’eau que sous la douche !! 

Nous passons celle qui devait être notre dernière soirée à Guatapé en compagnie de nos aventuriers drômois, autour d’un guacamole et de quelques tipunch, en rêvant d’un monde où le partage et le bonheur d’autrui seraient la norme, au même titre que le respect de mère nature et des différences. Nous avons effectivement prévu de reprendre la route le lendemain matin. Comme vous l’avez déjà compris, il n’en sera rien. C’est pourtant les vélos chargés que nous quittons l’hôtel, sous un ciel menaçant, et nous dirigeons vers la panaderia où nous avons prévu de prendre des forces pour avaler en toute quiétude l’étape du jour. Avec grand plaisir, nous y retrouvons attablés nos collègues d’apéro, la discussion reprend de plus belle, le temps passe aussi vite que le ciel s’obscurcit et nous amène sans tarder une pluie diluvienne qui nous clouera sur place. Il ne nous a pas fallu longtemps pour décider de rester une journée de plus à Guatapé, la météo n’étant pas plus responsable de ce choix que la sympathique compagnie de nos amis drômois. Nous passons une grande partie de la journée ensemble, retournons manger au Namasté avec un plaisir partagé par tous, puis départ en balade afin de prendre un peu de hauteur sur la ville et de se retrouver ‘into the wild », je reste à l’hôtel afin d’avancer sur ce dernier article.

Le deuxième départ sera le bon, nous prenons la route avec en ligne de mire la ville de Rio Négro, soit environ 40 kms pour près de 1000 mètres de dénivelé positif. Nous sommes de plus en plus à l’aise et avalerons l’étape avec entrain ce qui nous permettra d’arriver relativement tôt dans cette ville qui nous laissera de marbre, cela s’expliquant peut-être par notre envie de dépasser au plus vite Medellin par le sud afin de reprendre notre route en direction d’Ushuaia ? La réponse au prochain épisode…ou pas.

2 commentaires sur “Zócalos ??

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