Car telle est Medellin

img_20190405_122309496598696651052272.jpgLorsque nous étions en cours d’espagnol à Carthagène, Andrés, l’un des professeurs, nous a indiqué que la saison des pluies débutait timidement fin avril mais était réellement à son apogée de juin à août. Nous étions ravis d’apprendre cela et d’éviter par conséquent ces pluies intenses, nos visas colombiens expirant mi-mai. Cependant, dans ce pays deux fois plus grand que la France, avec une altitude maximale de 5775 mètres cordillière des Andes oblige, deux côtes sur deux océans (océan pacifique et mer des caraïbes, elle même bordière de l’océan atlantique), le climat varie énormément, ce que nous allons découvrir rapidement. Dès que nous allons prendre de la hauteur, ce qui ne risque pas d’arriver à nos politiques, la pluie nous accompagnera, avec parcimonie, soit au réveil, soit en fin de journée, rarement lorsque nous roulons : Pachamama est décidément très gentille avec nous.

Nous évoluons donc parfois sur route humide, comme le jour où nous attaquons les seize kilomètres de descente devant nous conduire en banlieue de Medellin : la route est tellement abrupte que mes freins chaufferont au point de vaporiser l’eau de pluie. La piste cyclable que nous aurons le bonheur d’emprunter par la suite n’en sera que plus appréciée, ce genre d’infrastucture se faisant des plus rares.                                                     Nous avons effectivement changé d’avis et pris la décision d’aller découvrir cette ville à l’histoire sulfureuse, empreinte de violence, bastion d’un des criminels les plus connus au monde. Pour cela, nous avons donc choisi de séjourner à Bello, où se situent les premières stations du métro, afin de nous rendre facilement dans les différents quartiers de Medellin que nous souhaitons découvrir. Mais avant cela, il nous faut, comme toujours, trouver un endroit où rejoindre Morphée. Alors que nous nous sommes engagés, à contre-sens, dans une petite rue afin de nous défaire de la circulation dense et désordonnée, où chacun semble avoir son propre code de la route, un homme nous court après, ce qui n’est pas sans m’étonner. Je demande à Héloïse de nous rejoindre, son niveau d’espagnol étant bien supérieur au mien, afin de poursuivre la discussion dans laquelle notre inconnu a déjà évoqué la casa bicicleta de Medellin mais aussi le musée du vélo qu’il a créé, ce qui n’est pas sans déclencher un élan immédiat de sympathie à son endroit : il se nomme Alvaro, nous invite à le suivre à une cinquantaine de mètres de là, où se trouve le fameux musée. Nous découvrons alors une très belle collection de vélos anciens en parfait état mais aussi un impressionnant stock de bicyclettes en attente de restauration ou servant de banque d’organes. Nous avons aussi le plaisir de faire la connaissance de Marina, l’épouse d’Alvaro, mais également de leur fils Sebastian et de son amie, July, elle-même voyageuse à vélo. Le temps passe si vite quand on est en bonne compagnie qu’on en oublie notre recherche d’hôtel alors que la nuit est tombée. Cela ne sera nullement un soucis car notre bon samaritain enfourchera l’une de ses nombreuses montures afin de nous conduire vers l’hôtel le plus qualitatif qu’il connaisse et ira même jusqu’à négocier un super tarif pour nous !! Sa gentillesse n’ayant apparemment pas de limite, il nous aidera à monter les vélos dans la chambre, qui est effectivement bien plus belle que celles que nous fréquentons habituellement, avant de s’éclipser discrètement, afin que nous puissions nous reposer un peu. La séparation sera de courte durée car nous lui avons promis, avec beaucoup d’entrain, de repasser au musée, une bonne heure plus tard, afin de participer à la parade vélo nocture qu’il organise toutes les semaines.

Nous voilà donc de retour au Muséo Biciclasicas Antiguas où une quarantaine de cyclistes sont prêts à prendre possession des petites rues adjacentes afin de réclamer, dans la joie et la bonne humeur, et sur des vélos prêtés par Alvaro, une place plus importante pour notre moyen de locomotion favori. Héloïse se retrouve en tête du cortège, sur un tamdem avec notre nouvel ami tandis que j’évolue sur un vélo ancien qui a eu les honneurs d’un champion colombien. Rapidement Héloïse délaisse sa place de copilote et enfourche un low-rider très stylé, mais pas évident à prendre en mains, afin de poursuivre la ballade nous permettant de découvrir Bello et ses quartiers populaires en musique, un DJ nous accompagnant en vélo cargo ! Une bonne heure et beaucoup de bonheur plus tard, nous rejoignons notre hôtel, une nuit bien méritée après cette belle journée riche en émotions nous attend.

Après un réveil assez tardif, nous passons saluer Marina et Alvaro au musée avant de nous diriger vers la station de métro la plus proche : il faut savoir que Medellin est la seule ville de Colombie a bénéficié de ce moyen de transport, ce qui est une grande fierté pour ses habitants, qui en prennent grand soin, celui-ci est dans un état irréprochable, on le croirait récemment mis en service. Nous prenons la direction de la place Botero, où, après un bon repas dans un restaurant indien, nous pouvons admirer les oeuvres monumentales, aux formes rondes et voluptueuses, de cet artiste rebel natif de la cité. Cette place, qui accueille également deux musées, est un endroit fort agréable pour flâner entre les 23 sculptures avant de prendre un bon café en terrasse. Cependant, nous avons été fort surpris de trouver, à quelques pas de cette place forte culturelle, d’autant plus en ce tout début de journée, une autre activité beaucoup plus physique qu’intellectuelle : en effet, des plus ou moins jeunes femmes, alignées en tenue légère contre le mur d’une église, cela ne s’invente pas,  proposent  leurs services tarifés en toute décontraction. La misère frappe même au coeur de la seconde ville du pays.

Nous nous mettons ensuite à la recherche d’un magasin de cycles afin d’acheter des plaquettes, mes freins ayant été fortement sollicité durant la seconde moitié du parcours entre Carthagène et Medellin. Nous entrons dans une belle boutique et sommes immédiatement pris en charge, comme c’est systématiquement le cas en Colombie, par une employée. Celle-ci demande, à celui qui semble être le responsable, si notre référence de plaquettes est disponible, ce qui n’est pas le cas. Jorge, qui est le fils du fondateur du magasin, un ancien champion colombien ayant participé au tour de France, prend son téléphone et appelle plusieurs de ses confrères afin de dénicher les fameuses plaquettes. Dans le même temps, il nous parle de son père, s’intéresse à notre périple et nous offre sacs et tee-shirt du magasin avant de nous diriger vers l’endroit où nous pouvons acheter le matériel, démontrant, une fois de plus, la grande gentillesse des Colombiens.

Le lendemain, nous allons au musée du souvenir traitant de la violence dans la région d’Antioquia des années 60 à 2016, notamment à cause du conflit entre les FARC et le gouvernement colombien. Cela s’est traduit par l’arrivée massive de réfugiés  venus des campagnes afin d’échapper à ces conditions de vie extrême et leur installation dans des habitations de fortune construites dans le plus grand désordre. Très vite ces quartiers ont été infiltrés par des milices armées et sont devenus très dangereux : les homicides, massacres et disparitions furent incroyablement nombreux jusqu’en 2016, date de la signature de l’accord entre les FARC et le gouvernement, et cela contre l’avis de la population. En effet, le peuple colombien s’était prononcé contre cette paix négociée par référendum, celui-ci ayant beaucoup trop souffert durant les 50 années du conflit, n’était pas prêt à pardonner à leurs bourreaux. Ajouter à ce conflit la montée en puissance puis l’apogée des différents cartels de narco-trafiquants présents dans tout le pays et vous obtenez l’un des pays les plus violents du monde ce qui rend difficilement compréhensible le bien-être que nous ressentons ici mais aussi la joie de vivre et la gentillesse des personnes que nous avons la chance de croiser : n’hésitez pas à venir à leur rencontre, vous ne le regretterez pas !! Nous prolongerons notre voyage dans cette Colombie joyeuse et optimiste par la découverte de la Comuna 13, autrefois l’un des quartiers les plus violents de Medellin, aujourd’hui l’un des plus dynamiques grâce aux arts de rue que sont le graff, la danse et la musique mais aussi à ses escaliers mécaniques extérieurs. C’est Cathy, française ayant créé Kaanas travel il y a maintenant trois ans, qui nous a emmené dans ce dédale de rues colorées en nous contant l’histoire des graffitis les plus emblématiques mais aussi celle des différentes périodes du quartier avec beaucoup de précision et d’humanité. Elle a tissé des liens tellement fort avec les habitants de la Comuna 13 que nombreuses sont les personnes qui ont des gestes d’affection à son égard, comme Estella et Juan, qui nous ont accueilli pour le déjeuner. Chose rare que ce moment d’intimité avec ce couple ayant connu les heures les plus sombres du quartier, l’époque où de trop nombreux civils se sont retrouvés sous le feu croisé des militaires et des bandes armées, où l’on ne sortait de sa maison qu’une fois le mois pour faire les courses. Estella et Juan sont très attachés à la Comuna 13, ils y ont construit leur vie et n’en sortent que pour aller visiter leurs enfants. Nous les quittons avec le coeur rempli de joie et de bienveillance, merci à Cathy car sans elle, il nous aurait été impossible de vivre une si belle expérience.

C’est sur le conseil de notre guide préférée que nous avons décidé de nous rendre ensuite au salon Malaga, temple du Tango, qui n’a pas changé depuis sa création dans les années 50 : une expérience hors du temps agréable, on boit un café en comtemplant les très nombreuses photos dédicacées des stars passées par là ou en admirant la collection impressionnante de gramophones. Nous irons ensuite sur la place des lumières où trônent plus de 300 luminaires que, malheureusement, nous n’aurons pas la chance de voir une fois la nuit tombée car nous prendrons ensuite la route du Musée d’Art Moderne. C’est sous des trombes d’eau que nous y parviendrons, trop tardivement pour être en mesure de le visiter dans de bonnes conditions, nous nous refugierons donc dans un café afin de laisser passer l’orage, peine perdue car celui-ci durera jusqu’à tard dans la nuit. Pour notre dernière journée, nous avons choisi de nous rendre dans le quartier de Poblado, au sud de la ville : quel constraste avec ce que nous avons ressenti jusque là, ici l’anglais est la langue dominante, comme le dit Héloïse, nous voilà arrivés dans un ghetto à touristes. Tout ici est fait pour que les anglophones se sentent chez eux, les restaurants et les bars n’ont plus rien de typiques, les vendeurs ambulants ont quasiment disparu, ceux-ci ne devaient pas collés avec l’image bobo du quartier, ils ont été remplacé par des réfugiés vénézuéliens vendant des bracelets ou demandant la charité. Nous n’y resterons que le temps nécessaire pour déguster un café et une pâtisserie dans un endroit réputé aux tarifs très américains. Sur le chemin du retour, nous ferons la tournée des magasins de cycles afin de trouver le maillot de la Colombie, en vain, ainsi s’achève la découverte de Medellin, nous ne regrettons pas un seul instant d’avoir changer d’avis, d’être passés au delà de nos préjugés, ce que le voyage ne cesse de nous rappeler. En route vers de nouvelles aventures !!

9 commentaires sur “Car telle est Medellin

  1. Pour répondre à ta question : Benoît a revendu son ski à un fou qui passait par là et qui comptait remonter le Mont Cenis dans l’autre sens… Pour nous, le temps est aussi mitigé, mais depuis qu’on est rentré en Croatie, on a pratiquement que des chemins ou de la piste cyclable. Cette partie est vraiment très belle, c’est l’Istrie. Bises

    J'aime

    1. C’est quoi cette histoire de ski au Mont Cenis ?! J’ai pas tout suivi !
      Sinon, merci pour les articles, comment vous trouvez le temps d’écrire tout ça ?!

      J'aime

  2. Bonjour,
    Je ne sais pas trop où poster ma question alors je la met là :
    Comment avez vous fait pour traverser l’océan ? Avez-vous réussi à louer une place dans un voilier ? (je me restreins à notre continent à cause de l’avion)
    Merci.

    J'aime

    1. Bonjour Nico,
      N’ayant eu la possibilité de partir qu’en décembre au lieu de septembre, nous avons à contre cœur opté pour l’avion alors qu’effectivement nous souhaitons à l’origine du projet faire la traversée en tant qu’équipiers sur un voilier. Ayant eu l’occasion de voyager avec ce mode de transport entre le Panama et la Colombie, nous savons désormais que nous ne sommes pas fait pour cela et prendrons l’avion pour la dernière fois de notre vie quand sonnera l’heure du retour…

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s