Coolombie

Carthagène c’est fini, vive la Colombie. Après plus d’un mois à déambuler dans les petites rues historiques afin de trouver le meilleur glacier carthagénois, tout en affinant notre art de l’esquive des camelots en tout genre, nous voilà à nouveau sur nos vélos, prêts à découvrir la Colombie. En passant par son centre, nous sommes conscients de ne pas avoir choisi le chemin le plus simple, mais, certainement le plus intéressant, car, comme le dit l’adage du cyclo-voyageur : « plus c’est haut, plus c’est beau ! ». Avant cela, il nous faut nous défaire de la tentaculaire banlieue de la belle Carthagène. Nous mettrons beaucoup de temps à quitter la périphérie, mélange d’habitations de plus en plus précaires et de zones d’industries lourdes. Osmand, ce n’est pas le petit nom d’un de nos vélos mais celui du logiciel de navigation, nous promènera, une nouvelle fois, au coeur de quartiers où la difficulté du quotidien peut vite faire basculer dans des travers bien sombres. Nous pourrons cependant, à nouveau, compter sur la gentillesse et la bienveillance des habitants, comme cela avait déja été le cas au Panama, pour confirmer le bienfondé de notre décision, celle de faire demi-tour avant de franchir le point de non retour, grand merci à nos trois anges gardiennes.

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C’est donc avec beaucoup d’entrain que nous avons quitté ce quartier bien trop dangereux pour les deux gringos que nous sommes et emprunté la « ruta del mar » menant vers le sud. Cette route assez monotone mais bien sécurisée, grâce à sa large bande d’arrêt d’urgence, nous a permis d’avancer à une allure inédite depuis le début du voyage. Un peu plus tard, lors de notre pause déjeuner, alors que nous nous régalions d’un menu du jour copieux pour moins de 4 euros par personne,  nous avons assisté à une façon assez surprenante de fêter un anniversaire : un client, certainement régulier de l’établissement, a recu comme cadeau un sac de farine… sur la tête ! La réaction emprunte de zenitude du malheureux tranchait avec l’hilarité générale de l’équipe du restaurant et des clients encore présents.

Alors que nous nous apprêtions à terminer notre première étape colombienne, soit 65 kms jusqu’à Malagana,  nous avons croisé, pour la première fois depuis notre départ, le chemin d’une vieille connaissance, symbole infondé de ma belle région, le nord pas-de-calais. Je ne parle pas ici du maroilles ou de la moule frites, malheureusement, mais de la pluie, puissante et rafraîchissante, tellement vive qu’elle ne nous a même pas laisser le temps d’enfiler la tenue adéquate. Rien de bien méchant cependant étant donné la chaleur ambiante. Le fait le plus marquant du jour sera le bris du porte-bagage arrière d’Héloïse, d’autant plus surprenant qu’il est peu sollicité. Heureusement, l’un des alliés de tout voyageur à vélo un peu prévoyant, le ruban adhésif renforcé, nous sortira de cette ornière. Dès le lendemain, nous trouverons sans difficultés un réparateur en bord de route pour resouder le défaillant. Nous avons expliqué à ce professionnel de la débrouille que le porte-bagages était en aluminim, il semblait avoir compris, mais semblait seulement, car quelques kilomètres plus tard sa soudure à céder… faute de compatibilité entre sa méthode (à l’arc je crois) et l’aluminium. Nous faisons donc de nouveau appel à notre ami, le ruban adhésif, avec bien plus de réussite sur la durée.

Nous voilà maintenant à San Onofre. Comme souvent nous nous rendons sur la place centrale, au pied de l’église, afin de trouver un endroit où manger tout en bénéficiant du wifi, nécessaire pour trouver le lit qui accueillera nos rêves. A peine avons nous posé le pied à terre, qu’un homme, semblant très en forme, vient vers nous, souriant, souhaitant savoir d’où nous venons et ce que nous cherchons. La discussion s’engage, avec bien plus de retenue de notre part que celle de notre interlocuteur pour sa bouteille d’aguardiente, la boisson nationale colombienne ! Il se trouve que ce monsieur est propriétaire d’un hôtel, quelle chance, ce qu’il s’empresse de nous faire confirmer par une dame passant par hasard. La chance ne nous quitte décidemment pas car cette dernière se trouvera être elle-même employée dans un restaurant à deux pas de là. Sans vraiment avoir notre mot à dire, nous la suivons, elle a au moins le mérite de ne pas être en état d’ébriété, en promettant, une fois notre repas terminé, de passer voir l’hôtel de notre bon samaritain. On nous présente au patron de l’établissement,  qui ne répond pas quand nous lui demandons le prix de notre futur repas, mais qui n’hésitera pas un instant à solliciter son voisin afin de nous faire bénéficier de sa connexion wifi. On nous sert le plat du jour, poisson d’eau douce frit, légumes, banane plantain et riz…aux fourmis, ce qui semble tout à fait normal pour nos hôtes quand nous le signalons, chouette des protéines en plus ! En dessert, on nous offre un fruit ayant l’aspect d’un gros haricot vert, le guama. Héloïse, en grand appétit suite à la dégustation de fourmis, se jette dessus et mange goulûment deux fruits, croquant à pleines dents les noyaux… qui ne se consomment pas, ce qui fait beaucoup rire les colombiens présents. Après un petit café tinto et le paiement d’une addition très peu salée, nous partons à la recherche d’un endroit accueillant pour la nuit et c’est le second établissement visité qui aura nos faveurs, d’autant plus que deux autres voyageurs à vélo l’ont également choisi ! En plus d’Armando, le très sympathique gérant, nous faisons connaissance d’Alf, l’écossais, et de Sam, l’anglais, qui ont débuté leur voyage en Alaska. L’un d’entre eux roule sur un vélo équipé d’un Rohloff, cela me donne l’entrain nécessaire pour me lancer dans la réparation du mien, enfin dans le changement des gaines qui ont déja beaucoup souffert (malgré ma réparation de fortune) après seulement deux étapes. Mais avant cela, la discussion s’engage sur les pays traversés, les anecdotes, le parcours choisi ainsi que sur la gestion du temps : eux aiment partir très tôt, ne s’arrêtent que très peu afin de finir l’étape du jour rapidement et de se reposer l’après-midi, soit à peu près l’inverse de ce que nous faisons ! Chaque voyage est aussi unique pour cela. Alors que Alf et Sam vont faire des courses pour le repas du soir, je commence donc le chantier consistant à démonter la cablerie du Rohloff afin de couper la partie abimée des gaines, de les renforcer et de remonter le tout. Je prends mon temps car la peur de mal faire est bien présente, sachant que si c’est le cas, il me sera impossible de repartir le lendemain. J’ai presque fini quand nos amis anglophones reviennent. Sam souhaite gentiment m’aider pour finir le remontage, me dit que j’ai inversé le sens des cables, les redémonte en les abîmant au passage, gros moment de stress ! Avec beaucoup de patience et de chance, il arrive à récupérer l’affaire même si cela signifie désormais que je vais rouler avec deux cables pouvant s’effilocher à tout moment et donc bloquer le passage des vitesses. La prochaine fois, je me débrouillerai tout seul et me ferai plus confiance, cela évitera aussi de faire porter à quelqu’un d’autre la responsabilité qui m’incombe ! La nuit sera très courte, autant pour Sam que pour moi, lui s’en voulant d’avoir failli foirer la réparation et moi essayant de trouver une solution par anticipation au cas où l’un des cables lâcherait.

Le lendemain matin, Sam et Alf, en gentlemen qu’ils sont, ont attendu mon réveil pour partir, et ce, afin de s’assurer que tout allait bien, merci à eux. Nous reprenons la route un peu plus tard et c’est avec beaucoup de prudence que je manipule la poignée tournante du Rohloff, ce qui me permet de constater que désormais mes vitesses sont inversées !! Mon montage initial était donc le bon. En dehors de cela, tout fonctionne bien et c’est là le principal, je ne changerai les cables que si un problème survient, c’est décidé. Le parcours du jour est aussi monotone que la chaleur est difficilement supportable, on se croirait à Notre Dame. Les quatres derniers kilomètres nous menant à Sincelejo sont terribles, leur dénivelé nous ramène au Costa Rica, les animaux sauvages en moins. Cette ville restera dans nos mémoires à cause du malaise que nous y avons ressenti : les premiers hotels que nous avons visité sont en fait des motels loués à l’heure à des couples illégitimes ou à des clients du plus vieux métier du monde. L’ambiance en ville ne nous apparait pas plus saine, nous sommes scrutés, évalués sans gêne et avons hâte de trouver un « refuge » avant que le soleil ne nous quitte : ce sera chose faite seulement une demie heure avant que la nuit ne nous enveloppe de sa sombre tenue. Le lendemain, après avoir acheté les câbles et gaines nécessaires en cas de soucis, nous prenons la route encore plus tardivement que d’habitude, vers dix heures, pour une étape qui sera, comme bon nombre des suivantes se déroulant sur la routa 25, sans surprise. Nous ferons tout de même la rencontre de Juan, employé dans le restaurant où nous prenons notre petit déjeuner, qui se montrera curieux de nos aventures autant que nous des siennes. En effet, il part bientôt pour le Pérou et devient donc notre premier voyageur colombien.

Les choses sérieuses vont bientôt commencer car nous approchons de Valvidia, qui est la porte d’entrée des Andes. Avant cela, nous retrouvons nos amis anglais, contraints eux aussi d’attendre la fin d’une pluie diluvienne pour entamer la dernière étape sur le plat. On échange quelques mots et très vite, ils s’échappent, nous ne les reverrons que tard dans la soirée, chacun son rythme. La route est en bon état mais souvent recouverte de boue sur le bas côté qui nous sert de piste cyclable. Ajouté à cela un chien ayant l’envie de croquer nos mollets et vous obtiendrez la troizième chute d’Héloïse la cascadeuse. Heureusement, lors de notre pause déjeuner, nous croisons la route de la Croix Rouge, enfin de deux de ses bénévoles qui se chargeront de son genou écorché. Cela lui permettra de triompher de la très difficile fin d’étape, plus de 1000 mètres de dénivelé positif sur les 16 derniers kilomètres, alors qu’on en avait déjà parcouru 46, et que nous roulons chaque jour depuis une semaine ! Une fois de plus, Héloïse démontrera sa grande ténacité et sa force morale !! Bravo !!                                                                           Nous arrivons donc à Valvidia accompagnés de la fin du jour et posons nos sacoches dans le premier hôtel venu : eau froide et humidité maximale au programme, mais qu’importe, la nuit sera bonne. Nous échangeons quelques messages avec Odile et Laurent, des Suisses, eux aussi partis d’Alaska et en route pour Ushuaïa, comme Sam et Alf. Nous les avons rencontré juste avant l’ascension, quand nous ne pensions pas aller jusqu’au bout de la difficulté du jour. Nous nous donnons donc rendez-vous le lendemain, à Yarumal, où nous avons tous les quatre prévu de passer une journée de repos bien méritée. Et elle le sera amplement, car avant d’y être, nous attendent 42 kms, plus de 1600 mètres de dénivelé positif et des pentes à plus de 40% que certains camions ne franchissent, pneus hurlants, qu’après plusieurs tentatives !! Tout cela dans une humidité impressionnante et un brouillard quasi permanent : le voyage à vélo, un vrai bonheur… Cerise sur la gâteau, nous trouvons un chouette hôtel avec de l’eau chaude pour une douche tant désirée, sauf qu’actuellement l’eau est coupée dans toute la ville, selon le gérant, faute à la corruption, mais nous n’en saurons pas plus.

Durant notre journée de repos, nous visiterons le centre de Yarumal, ce qui nous prendra au moins une demi-heure avant de rejoindre Odile et Laurent pour le déjeuner durant lequel ils nous parleront avec passion de leurs deux coups de coeur : l’Alaska et le Mexique. Le premier pour ses paysages grandioses et sa nature préservée, le second pour la gentillesse de sa population. Et le danger dans tout cela ? Ils nous répondent qu’en écoutant les locaux et en suivant son instinct, tout s’est toujours bien passé jusque là, ce qui correspond bien à ce que nous avons aussi pu constater. Rien ne remplace l’expérience, c’est une certitude. Le lendemain nous reprenons la route en direction de Medellin, où nous ne pensons pas aller, la faute à notre manque d’appétence pour les mégalopoles, mais ne dit-on pas qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ?

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