Capitaine abandonné

Après 5 jours de promiscuité sur le Nacar 2, nous sommes très heureux de poser pieds sur la terre ferme et de retrouver enfin notre liberté ! Sans être désagréable, cette découverte de la voile plaisance ne nous a pas emballé, nous apparaissant comme l’exacte opposé du voyage à vélo : on ne choisit pas son itinéraire car l’on est dépendant du vent, l’espace de vie est très restreint, contrairement à un bivouac sous la voûte céleste, les paysages ne varient pas beaucoup, voir pas du tout en haute mer, et il est impossible de discuter avec les autochtones, ne parlant ni le poisson coq, ni le dauphin. Vous l’avez compris, faire du voilier n’est pas à notre goût, mais cela est juste notre avis, à chacun de faire sa propre expérience. Ce qui a été un peu déroutant, mais aussi assez drôle, c’est que sur terre, le mouvement permanent du bateau nous a accompagné un peu, nous permettant une transition plus douce. La terre mère nous a-t’elle accueilli avec une danse ?

 

Après un dernier repas sur la bateau amarré, et une fois les vélos remontés et chargés, il est temps pour nous d’abandonner le capitaine… Nous partons découvrir Carthagène des Indes, nom choisi par le conquistador qui l’a « découvert » en pensant être… dans les Indes ! Pendant près de trois siècles, elle fut un bastion du Royaume d’Espagne en Amérique du Sud et eut un rôle clé dans l’administration et l’expansion de l’empire espagnol, la présence de hautes personnalités espagnoles fortunées, proches de la royauté et de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade, en faisant un lieu d’activités politiques et économiques. Carthagène des Indes fut aussi un important centre de traite des esclaves et de transit de l’or issu des pillages des empires aztèques et incas, or destiné à l’Espagne. Pour ma part, c’est Wikipédia que j’ai pillé ici, merci donc aux auteurs. Nous quittons donc le port en direction de la vieille ville, en passant du calme marin à la frénésie de la ville, pour notre plus grand déplaisir. Ici les rues sont étroites et la circulation dense, ce qui n’est guère rassurant quand on connaît la conduite « dynamique » des sud américains. Nous sommes doublés, sans précaution, par des bus multicolores à l’ambiance festive, des taxis de « course » ou encore des gros 4X4 aux vitres teintées. Afin d’échapper temporairement à tout cela, nous nous arrêtons dans un café afin de profiter d’une boisson fraîche et de son réseau wifi. La patronne, très sympa, sera de bons conseils et nous permettra d’arriver dans la vieille ville sans détours. Pour le dernier passage délicat, nous empruntons les couloirs de bus afin d’éviter le flux bruyant et nauséabond des véhicules thermiques, ce qui déplait fortement aux policiers qui nous intiment l’ordre d’en sortir. Cela nous semble incompréhensible étant donné la dangerosité de la circulation, ce qui n’est pas sans nous irriter. Nous comprendrons, plus tard, qu’il est encore plus dangereux d’emprunter les voies réservées aux bus, leurs chauffeurs les prenant pour un circuit de vitesse : voir un bus énorme vous foncer dessus à plus de 60 kms par heure en ville est assez impressionnant !!

 

Nous voilà enfin arrivés dans la vieille ville où la circulation et l’ambiance se font plus douces. Ayant l’intention d’y rester un peu plus d’une quinzaine de jours, nous nous mettons à la recherche d’une auberge de jeunesse ou d’un hôtel bon marché. En effet, nous avons prévu de suivre deux semaines de cours d’espagnol mais aussi d’y réceptionner deux colis envoyés de France et d’Allemagne : un nouveau téléphone et des pièces pour mon vélo, celui-ci ayant subi quelques dégâts durant la traversée mouvementée en bateau. Nous nous apercevrons plus tard que le vélo d’Héloïse a aussi été endommagé. Nous posons donc nos roues dans le quartier de Getsemani, à 5 minutes de marche du centre historique. Nous nous sentons immédiatement bien dans ce « petit village », avec ses façades colorées, ses marchands de rue, ses restaurants et autres commerces de proximité. L’auberge de jeunesse est sympa, l’une des employées parlent même le français, chose rarissime ici, c’est pourquoi nous y resterons 5 jours. Nous partirons sans trop de regrets tout de même, car même si l’endroit est calme et l’espace collectif agréable, celui-ci est, c’est une première, fumeur !! L’odeur du napalm, enfin du tabac, au petit matin, très peu pour nous, d’autant plus que cette exception semble avoir attirée tous les touristes fumeurs de Colombie !! Nous y sommes donc restés le temps de trouver l’école où apprendre l’espagnol, pensant, dans un premier temps allier notre apprentissage avec une immersion chez l’habitant. Etant arrivés un vendredi après-midi à Carthagène, la recherche d’une école n’a débuté que le lundi suivant, premier jour des cours. Nous n’avons eu donc qu’une petite matinée pour nous décider, à défaut, nous aurions dû décaler notre apprentissage d’une semaine. Nous avons ici confondu vitesse et précipitation en choississant l’école offrant le moins d’élèves par classe mais aussi, le moins de professeurs. Cela sera un soucis pour Héloïse qui, ayant déjà étudié l’espagnol à l’école, se retrouvera dans la même classe que moi parfait débutant, à revoir les bases de la langue qu’elle maîtrise sans difficultés. Ce n’est qu’après une négociation difficile que la directrice acceptera de la changer de classe afin qu’elle puisse enfin progresser. En ce qui me concerne, l’enseignement s’est avéré conforme à mes attentes. Les professeurs de l’école ont fait de leur mieux, mais, étant obligés de suivre les directives, ne pouvaient pas agir sans l’autorisation de leur supérieure. Celle-ci nous avait indiqué, lors de l’inscription, que nous aurions 3 activités extra-scolaires par semaine afin de mettre en pratique nos acquis : une seule sera organisée durant nos deux semaines de cours et seule Héloïse en profitera. Voilà donc comment s’est déroulé notre passage à la Spanish Word Institute.

Nous voilà désormais dans un chouette hôtel de Getsemani, le Pedregal, où Sunimane et Patricia nous ont accueilli avec beaucoup de gentillesse et de sympathie. Nous y resterons durant plus de 3 semaines, contraints d’attendre les colis européens. Le match entre la poste francaise et son concurrent allemand DHL a débuté le 20 février et nous mettrons près de 3 semaines pour avoir notre vainqueur !! Et, à notre grande surprise, c’est la france qui a gagné facilement car au jour où vous lisez ces lignes, sachez que nous n’avons toujours aucune trace du colis allemand… Nous reprendrons notre route avec les câbles du Rohloff (boite de vitesses intégrée dans le moyeu arrière du vélo pour les néophytes) réparés avec du scotch renforcé, advienne que pourra !! Mais avant cela, nous avons eu le temps de parcourir les petites rues de Getsemani, d’y découvrir ses bons petits restaurants végétariens, d’engloutir de la mangue ou de l’ananas fraîchement coupés mais aussi de manger un arépa, sandwich fait avec de la farine de maïs, garni de légumes et de fromage, miam ! Un peu plus loin, nous avons aussi visité le château de San Felipe de Barajas, impressionnant par sa taille, dont la construction a débuté en 1536. De retour à Getsemani, avant de franchir la porte de l’horloge pour entrer dans la vieille ville, nous passons souvent par le parc du Centenario afin de saluer nos surprenants amis : aussi curieux que cela puisse être dans une ville de plus d’un million d’habitants, des paresseux, des perroquets, des iguanes mais aussi des singes y ont élu domicile au milieu d’aventureux écureuils. Ensuite, visite du musée de l’inquisition, où nous en avons appris beaucoup sur la tolérance de l’église catholique durant cette période trouble et pu ainsi nous mettre à la place du pape Macron devant les hérétiques gaulois réfractaires. Il y avait du bon à cette époque ! Après la visite du petit musée d’Art moderne, nous voilà sur les remparts, le visage fouetté par le rafraîchissant vent du nord, sollicités de toutes parts par les camelots proposant nourriture, boissons ou objets souvent présentés comme artisanaux : sans exagérer, jusqu’à 100 fois par jour parfois, nous avons poliment décliné leurs offres alléchantes, n’ayant ni besoin, ni envie d’une bière, d’un chapeau typique ou du maillot de l’équipe colombienne de football… Cependant, nous avons apprécié chacune de nos déambulations dans ses ruelles étroites, slalommant entre les calèches et les taxis roulant au pas, pour nous rendre au Montmartre, restaurant tenu par Valérie, expatriée française très sympa n’hésitant pas un instant à nous aider dans le dédouannement du colis envoyé par ma petite maman, mais aussi à l’Alliance Française, découverte trop tardivement, où nous avons pu assister à la projection en plein air d’un film en VF et faire la connaissance d’un groupe d’étudiants avides d’échanges dans la langue de Molière. Nous avons fréquenté assidûment d’autres lieux beaucoup moins avouables, et ce en raison d’un difficile sacerdoce que nous avions accepté : sans jamais reculer, nous avons maintes fois comparé la texture, la saveur et l’onctuosité des glaces préparées par les meilleurs artisans de Carthagène. Après de multiples et ardues dégustations, nous pouvons affirmer que la Gelateria Paradiso a décroché la coupe !

Nous sommes restés plus d’un mois dans la belle Cartagena, profitant de sa douceur de vivre et de son ambiance décontractée. Cela nous a aussi permis d’apercevoir ses côtés sombres. Pour commencer, la précarité des travailleurs de rue, venant souvent du Venezuela voisin, qu’ils soient vendeurs de fruits ou cuisiniers ambulants, ils ont pour point commun de devoir pousser un lourd charriot souvent sur de longues distances et de rester des heures, sous un soleil de plomb, à attendre le client. C’est pourquoi il nous est impossible de leur en tenir rigueur quand ils appliquent le tarif « touriste », c’est à dire jusqu’à deux fois plus cher que pour les colombiens, d’autant plus que même ainsi, cela reste très bon marché. Sachez qu’un bon arépa végétarien ne coûte que 6000 pesos, soit moins de 2 euros et qu’une coupe de fruits frais n’en vaut que la moitié ! Nous avons aussi souvent croisé des hommes à la mine triste, allant de poubelles en poubelles, vêtus en haillons, les pieds nus, afin de récupérer des canettes en aluminium. D’autres pauvres hommes sont, cette fois, à l’origine d’un mal courant dans les villes alliant touristes et population défavorisée : celui de la prostitution. Ces « pauvres » types trouvent de la compagnie au bar des hôtels ou dans les établissements festifs de la ville, loin des regards… Parfois, ce sont des vendeurs très spécialisés qui proposent sans détour, en pleine journée, une spécialité reconnue de Colombie. Je ne parle pas du café, qui est excellent si vous vous rendez dans les établissements tenus par les producteurs, mais d’une autre plante endémique du pays, bien plus énergisante mais au combien plus dangereuse, la coca, sous sa forme raffinée. Tous ces aspects négatifs ne sont que les symptômes d’une triste réalité, Cartagena profite surtout aux riches colombiens ou aux touristes. Autre point qui ne nous a pas plu à Cartagena, mais celui-ci était prévisible, c’est son quartier moderne, bordant la plage de Bocagrande. On y trouve des immeubles sans âme, un centre commercial dernier cri et des bâtisses en construction abandonnées, tout cela à 25 mètres de la mer où se succèdent des plages privées bruyantes et surpeuplées.

Ces côtés sombres ne sont que le reflet d’une certaine nature humaine et ne doivent pas faire oublier la gentillesse des Carthagénois, la beauté de la vieille ville, son ambiance chaleureuse et décontractée où il fait beau vivre sous un soleil resplendissant. Si vous avez la chance de vous rendre en Colombie, Carthagène des Indes est un passage obligé de votre voyage. Le temps est venu de continuer le nôtre, direction plein sud !

9 commentaires sur “Capitaine abandonné

  1. Bonjour,
    on suit votre blog (nous sommes de CCI) surtout depuis votre arrivée en Colombie car ma femme et moi y allons cet été mais que 5 semaines salariais oblige…
    question matos, maintenez vous toujours le choix de Rholoff vs dérailleur et freins à disque mécaniques vs V brakes?
    à vous lire
    Michel et Véronique

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    1. Bonjour !! Pour ma part (c’est Christian au clavier) je maintien le duo Rohloff et Freins à disque (à cable) car le soucis que j’ai rencontré s’explique par un manque de précaution lors du voyage en bateau. Je conseillerai de prendre un jeu de cable d’avance pour le Rohloff et un jeu de plaquettes neuf (et de partir avec des plaquettes neuves au début du voyage). Je suis très content du Rohloff, surtout quand la pente se faire raide, le changement de vitesse à l’arrêt, c’est du bonheur !! Ici, il y a beaucoup d’hotels bon marché (environ 15 euros la nuit pour deux personnes) donc on peut se passer du matériel de camping mais aussi de la popote car on mange pour 5 euros par personnes sans soucis, à Cartagena, la vie est un peu plus chère…

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  2. Dommage que vous n’ayez pas trouvé de CILFA pour la langue espagnole 😛 C’était quoi l’activité extra-scolaire ? Y avait combien de niveaux dans l’école ? Hasta pronto ! Besitos 😉

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  3. Bonjour…je suis Geneviève… chambérienne… photographe NB argentique et j’ai connu Héloïse au labo de la MJC il y a de nombreuses années. Grâce à Raymonde, je découvre votre blog. J’ai vêcu 5 ans à Riobamba (Equateur) et j’ai pas mal « bourlingué » en bus locaux dans toute l’Amérique latine… il y a longtemps. Alors je m’y retrouve, grâce à vous, et c’est un réel plaisir . Je me marre en lisant vos « aventures ». Profitez, profitez.
    Bises à vous deux et je vous suis dans vos rencontres, découvertes, étonnements, etc…

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    1. Salut Geneviève la baroudeuse! Oui j’ai aussi eu l’occasion de voir quelques unes de tes expos à Chambéry! C’est avec grand plaisir que nous partageons nos aventures et nous sommes très contents que cela te plaise! Si tu as des conseils, des endroits à nous recommander en Amérique du Sud nous sommes preneurs! Nous en profitons bien! Bises. A bientôt!

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